Une des nombreuses marches de l'égalité de l'été: à Płock le 10 août. Photo Twitter/@KPH

Un été polonais brûlant

À l’approche des législatives d’octobre, le poids lourd de l’Europe de l’Est est secoué par une controverse virulente sur la place des LGBT dans la société.

La saisons des prides a été très chaude, cet été en Pologne. Le pays a vu un nombre sans précédent de «marches pour l’égalité», une vingtaine depuis mai et jusqu’en octobre, se dérouler à travers le pays, y compris dans des villes moyennes qui n’avaient jamais connu de telles manifestations, comme Białystok, Płock ou Radomsko. Des manifestations qui ont donné lieu à d’impressionnants déploiement de police et à des scènes des jets de projectiles, d’insultes et de menaces.

Car les LGBT polonais ne sont pas les seuls à se mobiliser: une extrême droite dopée à la testostérone et à la bière occupe également le terrain. Ces prides mouvementées ne sont que la face émergée d’une véritable guerre culturelle qui fait rage autour des questions LGBT. A l’unisson, la puissante Église catholique et le parti Droit et justice (PiS, au pouvoir) redoublent de virulence à l’égard des opposants libéraux et de gauche qui soutiennent le mouvement arcen-ciel.

Cet affrontement politique, qui couvait depuis des mois, a explosé au lendemain des heurts en marge de la marche des fiertés de Białystok, en juillet, quand l’archevêque de Cracovie Marek Jędraszewski, lors d’une messe de commémoration du Soulèvement de Varsovie, a comparé la «peste rouge» du communisme avec la «peste arc-en-ciel» contemporaine qui menacerait les fondements de la société polonaise. Cette référence aux années noires de la Seconde guerre mondiale et de la dictature a coïncidé avec l’initiative du magazine «Gazeta Polska», qui a encarté des stickers «Zone sans LGBT» à coller près de chez soi, représentant un drapeau arc-en-ciel frappé d’une croix noire. Des autocollants qui faisaient écho à une campagne de municipalités PiS se proclamant «zones libres de l’idéologie LGBT», et que l’opposition a comparée aux «zones sans Juifs» imposées autrefois par l’occupant nazi.

«Je suis LGBT»
Le milieu associatif a répliqué en lançant une campagne «Je suis LGBT», invitant les internautes à sortir du placard en tant que personnes concernées ou alliées. Un contre-mouvement qui a connu des faux-pas, exploités sans vergogne pour discréditer le mouvement, comme la vidéo d’un show à Poznan, où une drag queen simulait le meurtre de l’archevêque Jędraszewski représenté par une poupée gonflable. La scène filmée à Poznan en août a entraîné l’ouverture d’une enquête.

L’effet de ces controverses sur le public polonais est encore difficile à discerner. Les sondages relèvent une méfiance à l’égard de l’homosexualité très ancrée dans l’opinion (79% pensent qu’il s’agit d’une «déviance», selon une enquête de 2017), même si elle a diminué au cours des dernières années. L’agitation de ces derniers mois semble conforter le PiS, qui se décrit comme un rempart de la «société traditionnelle», en tant que favori des législatives du mois prochain, alors que le parti libéral pro-européen du politicien ouvertement gay Robert Biedroń, qui avait fait figure de possible outsider au printemps, s’est effondré dans les intentions de vote. Comme le résumait un participant à la Pride de Płock, «La dernière fois (ndlr: lors des élections de 2015), les réfugiés avaient été choisis pour effrayer les gens, maintenant, ce sont les gays qui sont les nouveaux ennemis du gouvernement.»

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