Jean Wyllys. Photo: Mídia Ninja (CC BY-SA 4.0)

La figure de proue des droits LGBT au Brésil choisit l’exil

Jean Wyllys, 44 ans, a dénoncé un climat politique qui met sa vie et celle de ses proches en danger depuis l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Il a renoncé à son mandat et quitté le Brésil.

C’est un coup dur et un très mauvais présage pour les LGBT brésiliens. L’un de leurs principaux défenseurs dans l’arène politique a choisi de quitter le pays, a-t-on appris jeudi. Jean Wyllys, député de 44 ans, a expliqué qu’il ne pouvait plus vivre au Brésil du fait de l’intensification de la diffamation et des menaces de mort contre sa personne depuis l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro. «Préserver une vie menacée est aussi une stratégie de lutte pour les jours meilleurs», a-t-il tweeté pour expliquer sa décision.

Le journaliste d’origine bahianaise, ouvertement gay, a auparavant annoncé qu’il renonçait à son siège de parlementaire fédéral pour le Parti socialisme et liberté, qu’il occupait depuis 2010.

L’ombre des milices
Wyllys vivait sous la protection de gardes du corps depuis mars 2018 et le meurtre de sa camarade de parti Marielle Franco, comme lui élue de Rio de Janeiro. Ses assassins courent toujours. «Nous parlons d’hommes armés qui vivent à Rio de Janeiro, Etat où je vis, qui entretiennent des liens étroits avec des personnes qui s’opposent publiquement à mon drapeau et à l’existence même des personnes. LGBT», a écrit le politicien dans une lettre aux membres de son parti, rappelant l’augmentation alarmante des meurtres de personnes LGBT dans le pays.

On ignore la destination de Jean Wyllys. Dans une interview à la «Folha de São Paulo», le député a fait allusion à l’Uruguay, dont l’ex-président Pepe Mujica l’aurait pressé de se mettre à l’abri.

Harcelé au Parlement
Carlos Bolsonaro, un des fils du président, a réagi avec ironie au départ de Wyllys: «La résistance de Jean a été telle qu’au bout de 24 jours de gouvernement Bolsonaro, le voilà qui se désiste de son mandat et s’en va du Brésil…»

Wyllys était connu comme un des adversaires personnel de Jair Bolsonaro au Parlement fédéral. En 2016, il avait été sanctionné pour avoir craché sur le futur président au cours d’une session incendiaire sur la destitution de la présidente Dilma Rousseff, expliquant ensuite avoir été poussé à bout par un harcèlement incessant de la part de la droite.

1 comments

Une première ! Je crois que c’est la première fois qu’on voit un contraste aussi fort entre un homophobe et un gay de manière publique. Chacun assume ses positions avec beaucoup de force et c’est rare. D’un côté, une politique homophobe assumée et d’un autre, un exil assumé en raison de l’homophobie. Avant, la haine et la peur ne prenaient pas tant de place dans le débat. Une pensée pour Soljénitsyne, Kravchenko, Einstein et des milliers d’anonymes.

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