Fabrizio Marrazzo (au milieu), une des principales voix des LGBT en Italie. Photo: FB.

«Nous avons besoin d’une loi qui protège les personnes LGBT»

Le leader LGBT italien Fabrizio Marrazzo n’entend pas baisser les bras face à la coalition populiste aux relents homophobes qui est au pouvoir en Italie depuis juin. Rencontre à Rome.

360° – Comme nous l’avons rapporté sur notre site, vous avez déposé cet été les noms «Parti gay» et «Liste gay» auprès de l’Office des brevets et des marques. Envisagez-vous sérieusement de vous lancer en politique?
Fabrizio Marrazzo – Nous avons déposé ces deux noms avant tout afin d’éviter qu’ils ne soient récupérés par des groupes fascistes ou xénophobes. Nous n’avons pas pour l’instant le projet de créer un parti gay mais cela peut être une option pour les prochaines élections, en 2023. Créer un parti politique est compliqué et cela coûte très cher, ce n’est donc pas quelque chose que nous pouvons prendre à la légère. Mais si le gouvernement actuel ne fait rien pour aider les personnes LGBT, nous l’envisagerons. Cela fait trente ans que nous attendons d’avoir des droits. Nous n’avons toujours pas de mariage gay par exemple, seulement une union civile. Et nous avons besoin d’une loi qui protège les personnes LGBT face à l’homophobie et la transphobie. Tous les pays d’Europe ont des lois contre les discriminations à l’encontre des personnes LGBT, sauf l’Italie. Les propos racistes sont illégaux ici, pas les propos homophobes.

– Le gouvernement actuel, formé par le parti populiste «antisystème» Mouvement Cinq Étoiles et le parti d’extrême droite Ligue du Nord, a-t-il des positions ouvertement homophobes?
– Non, mais cela n’empêche pas les dérapages de certains responsables politiques de la Ligue du Nord, à l’instar de Lorenzo Fontana, le ministre de la Famille actuel, ou du sénateur Simone Pillon. Il a récemment déclaré que les parents gays donneraient naissance à des enfants diabétiques… Cela va très loin.

– Qu’est-ce qui a changé pour les personnes LGBT depuis que le nouveau gouvernement est au pouvoir?
– Les personnes homophobes se sentent confortées dans leurs opinions. Un enseignant homophobe qui autrefois n’aurait pas osé s’exprimer devant ses élèves se sent désormais en mesure de le faire. Il y a un sentiment d’inquiétude au sein de la communauté gay italienne. On ne sait pas ce qui va se passer. Sur le terrain, on observe par exemple que l’approche vis-à-vis de l’homosexualité et de la transsexualité est en train de changer à l’école depuis que le ministère de l’Éducation est aux mains de Marco Bussetti, qui est proche de la Ligue du Nord. Nous avons débuté un projet l’an dernier dans une école pour aider un adolescent à faire accepter sa transidentité auprès des autres élèves. Depuis la rentrée, nous avons des difficultés pour continuer à travailler avec cette école. Le directeur nous a signifié que chaque professeur·e devait désormais donner son accord pour que nous puissions intervenir dans sa classe.

– Beaucoup de personnes LGBT continuent de vivre dans le placard en Italie. Est-ce que cela est tout de même en train de changer?
– Chez les jeunes, oui. Mais il arrive souvent que des adolescent·e·s qui font leur coming out, et ils le font de plus en plus sur les réseaux sociaux, en se disant qu’aujourd’hui, dire qu’on est gay n’est plus un problème, se retrouvent confronté·e·s à l’homophobie au sein de leur famille ou à l’école. Certain·e·s se terrent alors dans le silence voire prétendent être hétéro… Les chiffres parlent aussi: sur environ 26’000 personnes homosexuelles qui concluent une union civile en Italie, seules 300 font une cérémonie publique. La plupart s’unissent seulement en présence de leurs témoins, par crainte des réactions de leur entourage.

– Où en est le combat pour l’adoption du mariage gay en Italie?
– Il ne sera pas possible de l’obtenir avec ce gouvernement. Il n’y a pas une majorité suffisante au Parlement actuellement pour faire passer une telle loi. C’est pourquoi nous travaillons seulement sur une loi contre les discriminations pour venir en aide aux victimes LGBT. Nous voulons obtenir que les refuges qui les accueillent aujourd’hui soient financés par l’État, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Cela passe également par la mise en place d’un soutien psychologique pour les victimes à l’école et au travail. Nous avons besoin d’une loi qui protège les personnes LGBT tout au long de leur vie.

Bio express

Homme de terrain aux ambitions politiques, Fabrizio Marrazzo est le porte-parole du Gay Center de Rome. Militant LGBT depuis ses 16 ans au sein d’Arcigay, la plus grande association de défense des homosexuel.le.s en Italie, il a présidé son antenne romaine par le passé. Il veut faire adopter une loi qui condamne l’homophobie et la transphobie et qui protège les personnes LGBT face aux discriminations au cours de cette législature. Et se dit prêt à employer les grands moyens en cas d’inertie de la sphère politique, en créant une liste ou un parti gay.

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