Monde

Avant Orlando

La tuerie du Pulse n’était malheureusement pas une première. Néonazis, fondamentalistes et désaxés de toutes chapelles ont déjà frappé les bars et clubs gay.

Omar Mateen, l’assassin de 49 noctambules qui dansaient au Pulse, dans la nuit du 11 au 12 juin, était-il un pion de Daech? Un loup solitaire? Un homo refoulé? Un regard dans le passé permet de se rendre compte que son geste meurtrier était peut-être une synthèse de toutes les attaques armées qui ont déjà visé les lieux festifs LGBT. Et leur histoire est hélas déjà longue.

En 1973, le Upstairs de la Nouvelle-Orléans avait été pris pour cible, un bar qui célébrait ce soir-là la toute nouvelle «pride» homosexuelle. Trente-deux personnes avaient perdu la vie. Quant aux incendiaires, ils n’ont jamais été formellement identifiés. Un des habitués de l’établissement a été soupçonné, mais jamais inculpé.

Deux bombes avaient été placées dans le bar lesbien.
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Vingt-quatre ans plus tard, en février 1997, une bombe ravageait un club lesbien d’Atlanta, l’Otherside Lounge, faisant cinq blessés. Un autre engin avait pu être désamorcé. L’auteur de l’attentat n’était autre que Eric Rudolph, le terroriste qui avait visé les JO dans cette même ville l’année précédente. Arrêté en 2003, ce fondamentaliste expliquera avoir agi par haine de l’homosexualité «publique». «Toute tentative de sortir du placard doit être réprimée sans scrupules», avait-il asséné aux enquêteurs. Rudolph avait surtout très mal digéré que son propre frère vive son homosexualité au grand jour.

Rancoeur
Des motifs intimes semblent aussi avoir été décisifs dans la fusillade qui a endeuillé Roanoke en 2000. Un individu avait mitraillé les clients du bar gay de cette petite ville de Virginie, en s’en prenant d’abord à un couple d’hommes qui s’étreignaient. Bilan: un mort et six blessés. Il s’est avéré que l’assaillant, un vétéran du Vietnam à la dérive, nourrissait une étrange rancœur contre les homos: son propre nom, Ronald Gay, l’avait exposé toute sa vie à des moqueries.

Le pub de Soho après l'attentat de 1999.
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Le terrorisme antigay n’est pas tout à fait une spécialité américaine. Il s’est aussi manifesté au Royaume-Uni, le 30 avril 1999, quand David Copeland a fait exploser une bombe à l’Admiral Duncan, un des plus anciens pubs gay de Londres. Trois personnes avaient péri et 70 avait été blessées, dont beaucoup mutilées par les clous contenus par l’engin explosif. Copeland, un néonazi, avait aussi pris pour cible deux quartiers métissés de la capitale, dans l’espoir de mettre à vif les tensions communautaires. En novembre de cette même année, c’est un bar gay du Cap (Afrique du Sud) qui avait été visé par une bombe. Neuf personnes avaient été blessées. L’attaque s’inscrivait dans une série d’attaques meurtrières attribuées au PAGAD, une organisation d’«autodéfense» passée au terrorisme antiblanc et influencé par l’islamisme.

Non élucidé

L'attaque de 2009 n'a pas été élucidée à ce jour.
Bar-Noar, 2009. Cliquer pour agrandir.
La liste est non exhaustive. Les clubs gay des pays de l’ex-URSS, par exemple, font régulièrement l’objet d’assauts de la part de groupes de hooligans – sans faire de morts jusqu’à présent. D’autres attaques restent inexpliquées. C’est le cas de la fusillade qui a fait deux morts et quinze blessés, le 1er août 2009 au Bar-Noar, la soirée jeunes du centre LGBT de la métropole d’Israël. Mais dans ce pays, on sait désormais que des extrémistes juifs sont à même de s’en prendre à des cibles gay après l’attaque au couteau menée par un fanatique contre la Pride de Jérusalem, le 31 juillet 2015, et qui a coûté la vie à une ado de 16 ans.

Des établissements de nuit LGBT sont aussi souvent le théâtre d’attaques meurtrières au Mexique. Le dernier en date remonte à trois semaines avant Orlando, dans la ville de Xalapa. Un règlement de comptes entre narcos, selon la police. Une version qui ne convainc qu’à moitié la communauté gay locale.

Toutes ces attaques avaient un élément commun: frapper des oasis de sécurité et de liberté pour des communautés discriminées. Au moins les 49 victimes d’Orlando auront-elles eu droit aux prières des leaders des religions et des Etats du monde entier. En 1973, celles de la Nouvelle-Orléans avaient été discriminées au-delà de la mort: les Eglises avaient refusé de les enterrer. De nombreuses familles, découvrant ainsi l’homosexualité d’un de leurs proches, n’avaient pas réclamé leur dépouille. C’est aussi le cas d’une victime du Pulse.

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2 juillet 2016   Thèmes: Étiquettes : , ,

1 comments

L’homophobie exprimée à Orlando est tristement traditionnelle. Ce qui est exceptionnel, c’est le regard qu’on a posé dessus. Ce regard témoignera dans l’histoire que nous avons ressenti la nécessité de ne plus l’accepter.

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