Après Haiyan, les gays osent «être eux-mêmes»

Une étude sur l’impact des opérations d’aide, deux ans après le typhon, relève que la vie des gays a changé avec l’arrivée de personnel humanitaire.

Dimanche marquait le 2e anniversaire du typhon le plus violent jamais enregistré sur la Planète. Le passage de Haiyan, avec des rafales mesurées à plus de 300km/h, avait fait plus de 6000 morts. Parmi les bilans tirés des opérations d’aide qui se poursuivent dans les îles les plus touchées de l’archipel, figure une intéressante étude menée par l’Université de Leicester (Royaume-Uni) et l’Université des Philippines. Les chercheurs se sont notamment intéressés à la présence des ONG et des agences onusiennes et comment elles ont modifié les rapports de classes et de genre dans la société locale.

Une petite section du rapport est consacrée à la population LGBT, notamment dans la ville de Tacloban, 200’000 habitants, au centre des opérations humanitaires. Avant le typhon, la vie pour les gays y est décrite comme relativement paisible, mais cachée. Après Haiyan, la présence de personnel étranger «ouvert d’esprit» change la donne. «Un de mes amis a fait son coming-out auprès d’humanitaires. Mes amis et moi, on le soupçonnait depuis longtemps, mais on était trop gênés pour en parler. Et il est sorti du placard quand on lui a demandé s’il était gay. Il a dit oui, et c’est tout… Pour les étrangers, le fait d’être gay, ce n’est pas une affaire», témoigne un gay d’une vingtaine d’années.

«Tout d’un coup, mon Grindr est devenu les Nations unies»
Selon les chercheurs, les rencontres par internet ont alors explosé. «Tout d’un coup, mon Grindr est devenu les Nations unies», résume Florano, un jeune géant d’hôtel, interviewé par Reuters. Des lieux gay-friendly sont aussi apparus, où expatriés et rescapés peuvent se rencontrer. Cette constatation rejoint l’expérience de la classe moyenne, qui n’a pas bénéficié directement de l’aide internationale (et en conçoivent une certaine amertume), mais a profité d’opportunités d’affaires, d’échanges et de loisirs. L’impact à long terme sur la communauté LGBT reste toutefois à mesurer, précise Corpus Ong, qui a dirigé l’étude.

D’autant que l’expérience est très différente au bas de l’échelle sociale, singulièrement au sein de la population transgenre. Les chercheurs citent le cas d’une esthéticienne, qui a dû se reconvertir dans la construction. Un job plus lucratif, mais qui l’a obligée à renoncer à son identité féminine: «C’est plus dur maintenant. J’attends que les gens aient à nouveau du temps pour se faire une beauté.»

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