Monde Militants globaux

Sexisme et homophobie, une même lutte

13 avril 2014

Présente au FIFDH en mars à Genève, la Pussy Riot Maria Masha Alekhina a défendu son combat contre les discriminations et le système politique en Russie.

En exécutant, encagoulée, un Te Deum punk le 21 février 2012 sur l’autel de la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou, Maria Masha Alekhina n’a jamais imaginé l’impact mondial qu’aurait cette performance anti-Poutine de 40 secondes, orchestrée par son groupe des Pussy Riot.

Libérée après plus de 20 mois de prison, celle qui est devenue avec sa comparse Nadejda Tolokonnikova une des plus célèbres prisonnières politiques de Russie, est toujours aussi virulente à l’égard du régime. Sa détention dans l’un des camps de travail les plus redoutés du pays a transformé cette militante des droits de l’homme en vraie tigresse. Graciée en décembre par son ennemi juré Vladimir Poutine, cherchant à séduire la communauté internationale en prévision des Jeux olympiques de Sotchi, Masha a repris la lutte de plus belle.

Elle était de passage à Genève au Festival international du film et forum sur les droits humains (FIFDH) pour la projection du film sur le procès politique des Pussy Riot: A Punk Prayer. La jeune activiste a partagé avec les Genevois l’enfer de sa détention et les atteintes quotidiennes aux droits de l’homme en Russie. Depuis sa sortie de prison, elle multiplie les voyages avec Nadejda pour dénoncer les conditions de détention dans des camps de l’enfer. Présentes à New York, à Berlin et dans de nombreuses autres régions, elles n’ont de cesse de répéter les mêmes slogans. Parcourant sans relâche les rassemblements militants, mettant sans hésiter leur notoriété au profit des victimes de «la barbarie» en Russie. «Ceux ou celles qui essaient de faire respecter la dignité humaine dans les prisons sont opprimés, scande la jeune femme déterminée et très applaudie dans une salle Arditi comble. J’ai vu des femmes réduites à l’état de zombies, travaillant à la chaîne 10- 12h par jour, puis dormir, sans plus parler à personne.»

«L’humiliation des femmes, notamment, dépend du degré d’humanité de ses geôliers.»

Pour cette guerrière à l’allure plutôt sage d’étudiante rangée, la communauté internationale doit savoir ce qui se passe dans les prisons russes. «On a vécu l’isolement disciplinaire: en sandales dans le froid, à peine vêtues, seules dans des baraques glaciales, sans même pouvoir se promener, simplement parce qu’on réclamait le respect de nos droits fondamentaux. La dignité des prisonniers, qui pour la plupart n’ont commis d’autre crime que celui de n’être pas d’accord avec le pouvoir en place, est bafouée. Des vies sont détruites.» Elle explique que chaque déplacement ou demande dans une prison est propice à des abus. «L’humiliation des femmes, notamment, dépend du degré d’humanité de ses geôliers, affirme-t-elle plus motivée que jamais. Nous continuerons jusqu’au jour où le régime en place arrêtera les arrestations et le tabassage systématique de tout opposant politique», prévient celle qui se revendique toujours des Pussy Riot, malgré des rumeurs d’exclusions après leur libération. Les deux jeunes femmes étant accusées par leurs collègues de trahir leur idéologie d’actions spontanées et gratuites en participant à des rassemblements organisés.

Agressées encore au début du mois de mars, Masha est malgré tout venue à Genève. «Nous étions en route pour la prison de Nijni- Novgorod (400 kilomètres à l’Est de Moscou), lorsque des jeunes nationalistes nous ont agressées avec de la peinture et de l’antiseptique, raconte- t-elle avec un aplomb étonnant. Ils nous ont jeté des objets métalliques et tabassées. C’est ce qui arrive à tous ceux qui expriment trop fort leurs opinions politiques en Russie.» Des attaques et des intimidations qui n’ont d’autre résultat que d’attiser la détermination de ces jeunes activistes pacifiques et artistiques comme elles se définissent volontiers.

Persécutés
La Russie n’a pas signé la résolution, adoptée en 2011 par le Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies, affirmant les droits LGBT. En 2009, l’arrestation à Moscou de militants gays pour propagande LGBT avait déjà choqué la communauté internationale. Depuis, les attaques se multiplient, selon Masha. «Les homosexuels sont persécutés, mais jamais ouvertement. La police organise des expéditions punitives, ils sont tabassés, mais les auteurs ne sont jamais retrouvés.» Elle détaille aussi la politique d’encouragement à la discrimination dans le pays. «Vous avez, par exemple, un commentateur bien connu sur une chaîne de télévision qui incite régulièrement la population à criminaliser l’homosexualité. Ce qui lui vaut de belles promotions professionnelles. Aujourd’hui, toute personne qui milite contre les homosexuels est bien vue par le gouvernement. Ceux qui défendent publiquement le choix libre du partenaire finissent en prison. Mais jamais officiellement pour ce motif. On trouvera d’autres griefs pour justifier une arrestation. C’est très grave.»

Durant le débat, Masha n’a pas hésité non plus à fustiger la communauté internationale pour sa participation aux Jeux olympiques de Sotchi. Il ne fallait pas aller à Sotchi. Des milliers de personnes ont tout perdu pour ces jeux olympiques de la démesure. Le gouvernement n’a pas hésité à exproprier et à réduire en esclavage toute une population pour construire ce qui n’était pas une fête du sport, mais une ode à la dictature. Présentes sur place le 18 février avec plusieurs Pussy Riot et des activistes des Droits de l’homme Masha et Nadejda ont été interpellées. Officiellement suite à un vol avec effraction dans un hôtel. Elles ont été relâchées dans la nuit et le lendemain, six membres de Human Rights Watch les accompagnant ont été fouettés et aspergés de lacrymogène après un happening visant Vladimir Poutine.

«La Russie est immense, le pouvoir de l’église orthodoxe et de Vladimir Poutine aussi, mais les choses vont changer. Le peuple russe va se réveiller et défier l’autocratie. Vous pensez nous faire taire en nous tabassant et nous emprisonnant, mais vous vous trompez, on se battra jusqu’au retour des libertés en Russie et d’autres mouvements prendront le relais si vous cherchez à nous détruire. La démocratie est en marche.» Maria Masha Alekhina est une Pussy Riot ou une «émeute de chattes» en français.

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