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Club gay fermé au nom de l’honneur et de la patrie

Par une opération de police brutale, une municipalité de la banlieue de Beyrouth a fait boucler une des principales boîte LGBT de la capitale. Des clients ont été arrêtés, battus et humiliés.

Une des boîtes de nuit les plus courues de la communauté gay libanaise, le Ghost Bar, a fait l’objet d’une opération de police musclée, dans la nuit de samedi à dimanche. L’établissement a été encerclé et cinq clubbers ont été arrêtés: quatre clients de nationalité syrienne et une transsexuelle libanaise. Selon un témoignage recueilli par le site britannique Gay Star News, ils auraient été frappés et jetés dans le coffre de voitures de police. Une fois au poste, ils auraient été déshabillés et photographiés.

Le lendemain, des scellés étaient posés sur l’entrée du Ghost Bar. Collé sur la porte, un avis de la municipalité de Dekwaneh, commune majoritairement chrétienne maronite de la banlieue est de Beyrouth, justifie la fermeture administrative pour «promotion de la prostitution , de la drogue et de l’homosexualité». L’avis comporte également la liste nominale des personnes arrêtés la veille, y compris leur adresse et leur date de naissance.

Hommes ou femmes?
Mardi, le maire de Dekwaneh, a reconnu avoir lui-même alerté les forces de l’ordre, après une visite fortuite au Ghost. «J’avais vu 25 hommes, ou plutôt ce qui ressemblait à des garçons et à des hommes, à l’extérieur. Alors je suis entré, et j’ai vu des gens s’embrasser et se toucher, et un homme qui portait une jupe.», a expliqué Antoine Shakhtoura devant la caméra de la chaîne LBC (voir vidéo ci-dessous). «Nous avons constaté une situation scandaleuse et nous devions savoir qui étaient ces personnes: femmes ou hommes.» Une nécessité morale et patriotique, à l’entendre: «Nous ne nous sommes pas battus pour défendre cette terre et notre honneur pour que certaines personnes pratiquent ces choses dans notre quartier», a-t-il poursuivi, lançant que Dekwaneh devait rester un «bastion de la vertu». Des élections générales sont prévues cette année au Liban.

A noter que le Ghost Bar avait déjà fait l’objet d’au moins une fermeture administrative il y a deux ans, relèvent plusieurs blogs. Il n’est pas certain qu’elle ait été liée au type de public fréquentant l’établissement.

Personnes vulnérables visées
Avocat et directeur de l’Arab Foundation for Freedoms and Equality, un mouvement de défense des droits des LGBT, Georges Azzi a condamné l’initiative, lâche et démagogique, de l’élu: «Il est évident que Shakhtoura essaie d’attirer l’attention en ciblant des personnes vulnérables: des gays, des trans et des réfugiés syriens», a-t-il déclaré à Gay Star News. Le cas éclaire particulièrement la situation des LGBT ayant fui la guerre en Syrie, auxquels est imposé un couvre-feu, fixé à 19h.

L’an dernier, des cinémas érotiques de Beyrouth et de Tripoli – rendez-vous homosexuels bien connus – avaient également fait l’objet de descentes de police. Les personnes arrêtées sur place avaient été soumises à des examens anaux dégradants. En outre, des images avaient été diffusées à la télévision, permettant de reconnaître certains des hommes fréquentant les lieux.

Thèmes: Liban  Scène LGBT  Syrie 

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