Monde Budapest

Les gays, cibles stratégiques de la droite hongroise

15 avril 2012

Pride interdite, prison pour les «propagandistes» homos: en Hongrie, les néofascistes provoquent l’Union européenne en se déchaînant contre les LGBT, après les Roms et les Juifs.

Les lois russes punissant l’activité des mouvements LGBT inspirent jusque dans l’Union européenne. Mercredi, le parti d’extrême droite hongrois Jobbik a ainsi soumis au Parlement de Budapest trois propositions qui s’attaquent à la «promotion des déviations sexuelles». Parmi elles, deux amendements à la Constitution qui prévoient des amendes et des peines de 3 ans de prison (voire 8, dans certains cas) contre quiconque «propage les désordres dans le comportement sexuel». Pour Adam Mirkoczki, auteur de ces textes, il s’agit de protéger la «morale publique et la santé mentale des jeunes génération» de l’homosexualité, du transsexualisme, du travestisme, de la bisexualité et – naturellement inclus dans le lot – de la pédophilie.

Selon les médias hongrois, ces textes permettraient même de punir les couples de même sexe qui s’embrassent ou se tiennent la main en public. Les deux textes n’ont toutefois aucune chance d’aboutir. Même le parti au pouvoir, le Fidesz de Viktor Orban qui partage avec le Jobbik un mépris profond du mouvement LGBT, s’est distancé de ces propositions.

Retour de bâton
Autrefois à la pointe des pays de l’ex-bloc soviétique en matière de libertés civiles, la Hongrie connaît depuis quelques années un fort retour de bâton, coïncidant avec l’émergence d’une extrême droite décomplexée. Les dernières gay pride de la capitale ont été les cibles d’attaques violentes de groupes nationalistes. L’an dernier, la police a tenté de faire interdire la marche. Ce scénario se répète cette année, quasiment sous le même prétexte: les forces de l’ordre prétendent que le défilé provoquera des perturbations de trafic automobile insurmontables. Mais comme l’an dernier, la décision de police a été cassée par la justice, qui a rappelé vendredi que c’était le devoir des forces de l’ordre d’assurer le trafic et la sécurité sans compromettre la liberté d’expression.

Entre-temps, Ulrike Lunacek, coprésidente de l’Intergroupe LGBT au Parlement européen avait condamné l’interdiction comme une «atteinte à la liberté de rassemblement. C’est une honte que les puissances conservatrices mènent une telle guerre contre un événement qui ne posent aucun problème à la plupart des Hongrois, ajoute-t-elle, surtout à un moment où les vrais questions, comme l’aggravation de la pauvreté, devraient être au centre de l’attention publique.»

«Impérialisme» de l’Union européenne
Pour la droite dure, qui rêve de voir la Hongrie quitter l’UE, ces manœuvres ont un but stratégique. Il s’agit de provoquer l’Union européenne, régulièrement accusée d’ «impérialisme», sur la question sensible de la protection des minorités sexuelles. A cet égard, l’hostilité aux Eurogames, un rassemblement sportif gay et lesbien prévu fin juin et qui doit réunir 4000 participants venus de toute l’Europe, est symptomatique. Le maire de la capitale, István Tarlós (Fidesz) a publiquement exprimé son rejet de la manifestation, soutenue par la municipalité sortante. Le Jobbik, qui occupe 47 sièges sur les 386 que compte l’assemblée, comme le Fidesz, au pouvoir, préfèrent entretenir le fantasme de la «Grande Hongrie», l’ancien espace national magyarophone qui s’étendait de la côte dalmate jusqu’à l’Ukraine en passant par la Transylvanie. Un autre «empire», démembré par le traité de Trianon (1920).

Nostalgie fasciste
La question LGBT n’est de loin pas pas le seul épouvantail agité par les nationalistes hongrois. Le Jobbik, en particulier, exploite à fond la tension avec les minorités tziganes. Le parti, qui revendique volontiers l’héritage des Croix fléchées fascistes (1939-1945), se permet même de faire vibrer la corde antisémite et révisionniste. Ainsi, un élu du Jobbik a-t-il, au début du mois, plaidé devant le Parlement la réouverture du dossier du «meurtre rituel» d’une jeune fille en marge de la Pâque juive de 1882. Quinze Juifs avaient été condamnés, puis innocentés deux ans plus tard. Mais l’«Affaire de Tiszaeszlár» avait provoqué une flambée de violence antijuive et des pogroms.

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