Désolé, trop lourd!

Carte blanche à la Geneva Pride: une série d'articles à suivre cet été – 29 juillet 2020

Guilhem, membre du collectif Geneva Pride.

Sous un soleil matinal et dominical, rencontre avec Guilhem qui a décidé de parler de la grossophobie dont il est sujet au quotidien, particulièrement au sein de la communauté LGBTIQ+.

Pour Guilhem, la grossophobie visible en ligne est la plus répandue. Sur les sites de rencontres, il est plutôt commun de tomber sur des profils qui stipulent, d’une simplicité nonchalante: «Pas de gros». Si cette demande est presque (à tort) rentrée dans les mœurs, les insultes grossophobes font grincer beaucoup plus facilement les dents: «Et le régime, tu t’y mets quand?», «Oups, t’es gros? J’avais pas vu.», «Ça ne te secoue pas d’être si gros?» (source: gros_vs_grindr Instagram).

Guilhem en a reçu, et continue d’en recevoir. «Tu te mets au sport?», «Quel est ton poids et ta taille actuelle? … Désolé, trop lourd!» S’ils ne font jamais plaisir, Guilhem en rigole le plus souvent. «C’est marrant ce concept d’être trop lourd, le mec a vu mon physique sur mes photos, mais dès que je lui ai dit mon poids il s’est rétracté. C’est comme s’il y avait une limite de poids qu’il ne faut surtout pas dépasser, c’est absurde!».

J’ai envie de plaire à quelqu’un sans que ça n’ait le moindre rapport à mon poids et c’est difficile. Soit ton poids te disqualifie, soit il est fétichisé

Fétichisation

Après les rejets dû à son poids, Guilhem reçoit aussi des messages fétichisants. «J’ai envie de m’étouffer dans tes bouées» est le dernier en date. Guilhem le montre avec le sourire, ça le fait rire de recevoir de tels messages, mais ça l’agace aussi. Il n’y a pas d’entre deux, c’est soit le rejet, soit la fétichisation. «J’ai envie de plaire à quelqu’un sans que ça n’ait le moindre rapport à mon poids et c’est difficile. Soit ton poids te disqualifie, soit il est fétichisé, on ne se sent pas apprécié pour sa personne. J’aimerais simplement qu’on fasse abstraction de tout ça.»

Il y en a certains qui envoient les messages suivants: «Moi je suis OK avec tous types de personnes», qui, sans n’avoir rien demandé, disent qu’ils tolèrent un corps, qu’ils autorisent les personnes en formes.

Beaucoup d’escorts lui écrivent également, ce qui lui donne la sensation de ne pas être désiré et de devoir payer pour avoir des rapports sexuels. «Ce n’est jamais méchant, mais c’est souvent ce qui fait le plus mal.» confie Guilhem.

La grossophobie en face à face

Guilhem dit avoir commencé à être gros à 11 ans. «Après avoir passé la primaire, le cycle et le collège, on développe une carapace. La politesse des adultes fait du bien, je n’expérience presque plus la grossophobie aujourd’hui.» Le monde gay est très violent pour Guilhem cela dit, «Je crois que les hétéros sont moins rudes à l’égard des hommes* gros. Je ne sais pas si c’est une impression, mais la communauté [gay] s’arrête beaucoup plus sur le physique et a des critères arrêtés comme la société dans laquelle on vit.» Cela rappelle la désormais très célèbre réplique de la série «American Dad»: «I’m straight thin, but gay fat.» («Je suis mince pour les hétéros, mais gros pour les gays»). Un clin d’œil à la culture du corps de la communauté gay qui n’est peut-être pas seulement un cliché.

Membre de l’association Geneva Pride 2020, il était sceptique à l’idée de rejoindre la structure, mais se dit soulagé. «Au sein de l’association, je constate les mêmes jugements qui font partie de mon quotidien, mais ils sont atténués. Il y a une vraie conscientisation de ces questions-là et l’atmosphère se veut vraiment inclusive. Elle n’est pas parfaite, mais je m’y sens protégé.»

Stigmate et réappropriation

Le stigmate d’être gros, c’est quelque chose que Guilhem se réapproprie beaucoup. Tout comme les mots «queer» et «salope», des insultes qui ont été réappropriées par des mouvements militants, les termes «gros» et «obèses» commencent à être utilisé à but d’empowerment: «Ça met les gens mal à l’aise quand je dis que je suis obèse, que je rapporte tout à mon poids, et ça me fait un bien fou. Ça me permet d’extérioriser et de dédramatiser complètement. Quand on est plusieurs gros aussi, on en parle plus, on s’inspire les uns les autres et on se traite d’obèses, c’est un vrai défouloir.»

La grossophobie n’est pas drôle, c’est une vraie thématique. «Parfois je me dis que le G dans LGBTIQ+ pourrait aussi signifier gros? Nous sommes aussi une minorité discriminée.» dit Guilhem. Selon lui, au sein de la communauté LGBTIQ+, cette thématique est de plus en plus reconnue, il est plus facile d’en parler au sein d’une communauté discriminée.

La grossophobie dont Guilhem est victime fait écho à toutes les autres discriminations. Hégémonie de la minceur, de la binarité et d’autres constructions sociales, notre société se doit de commencer à accepter les individualités.


En collaboration avec Geneva Pride 2020

3 comments

mais il est trop mignon ce Guilhem, et même j’oserai dire SEXY si on pouvait voir toutes ces rondeurs…

je me pose la question si cette attitude hostile envers nos jolis nounours est plutôt typique aux homos d’Europe.

Aux USA, Guilhem serait adulé pour ses formes, et non pas jugé.

hey hoh Guilhem, sit on my face 🙂

Excellent article! Merci Guilhem pour ce témoignage et Yann Hakam d’avoir récolté ces propos.

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