Wild side story

On ne rigole pas beaucoup au long du très sombre «Wild Side» du réalisateur français Sébastien Lifshitz. Les malheurs du triangle amoureux qui s’agite sur l’écran peinent à concerner le spectateur.

Stéphanie partage sa couche avec deux amants. Il y a Mihail, l’immigré russe clandestin et Djamel le jeune maghrébin tapin. Stéphanie, elle-même, arpente chaque nuit le trottoir avec ses copines transsexuelles. Ces trois marginaux cabossés de la vie se soutiennent du mieux qu’ils peuvent en tentant de former un foyer, presque une famille.

Un coup de téléphone annonçant que la mère de Stéphanie est mourante vient perturber le petit ménage parisien. On est alors, non pas emmené à Limoges comme dans Ceux qui m’aiment prendront le train, mais dans un Nord bien glauque, dans lequel les arbres sont décharnés, le temps incertain, les rues désertes et les habitations délabrées. A l’instar du film de Chéreau, le déplacement et le voisinage de la mort exacerbent les douleurs individuelles.

Ce schéma un peu stéréotypé du moment charnière, qui fonctionnait grâce à des personnages hauts en couleurs chez Chéreau, peine ici à éveiller notre intérêt. Les flash-back et digressions dépeignant le destin de chaque personnage ont beau se multiplier, on n’y trouve pas matière à les aimer ou à les prendre en peine. On voit ainsi Stéphanie enfant, lorsqu’elle s’appelait encore Pierre, courir dans un champ baigné de soleil ou se faire démolir par ses camarades à la récréation. Ces plans très courts sont trop limités pour véhiculer autre chose qu’un cliché.
Etonnant vainqueur du Teddy Bear berlinois récompensant le meilleur long-métrage à sensibilité homosexuelle de la manifestation, le film se prévaut toutefois d’une scène merveilleuse entre Djamel et Mihail, l’un tentant vainement d’expliquer à l’autre comment il s’est fait une cicatrice sur le bras avec les trois mots d’anglais qu’il possède.

D’un tout autre genre
Si un pressant besoin d’hormone de synthèse devait vous gagner, d’autres films bien plus riches en oestrogènes que cette morose chronique sociale s’offrent à vous. Le grand classique en la matière étant Hedwig and the Angry Inch, sauvage évocation du destin d’un jeune Est-Allemand opéré par amour d’un soldat américain et qui crie sa rage accompagné de son groupe de rock dans les salles de concerts du Middle-West wasp américain.

Rôles secondaires mais remarquables également, les interprétations pleines de fraîcheur et d’émotion de Vincent Perez dans Ceux qui m’aiment prendront le train et celle tout en gouaille tragi-comique d’Agrado dans Tout sur ma mère (pensez à sa tirade absolument mythique lorsqu’elle improvise face à la salle du spectacle annulé, détaillant chacune des parties remodelées de son corps).

Reste l’ambitieux et tarabiscoté Tiresia. Présenté à Cannes l’an dernier et en attente d’un distributeur, le film du français Bertrand Bonello réactualise le mythe de Tirésias, l’oracle de Delphes. Homme miraculeusement changé en femme, Tirésias est appelé à arbitrer une dispute entre Zeus et Héra, chacun soutenant que le sexe opposé éprouve une jouissance sexuelle supérieure. Il donne raison à Zeus, déclarant que l’orgasme féminin est bien plus fort. Héra se venge de cette indiscrétion en frappant Tirésias de cécité tandis que Zeus compense le châtiment en lui offrant le don de prophétie…

«Wild Side», actuellement dans les salles romandes

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