Culture

Tant d’amour!

Nico, d'Eline Gehring

Le festival de cinéma queer Everybody’s Perfect fait son retour cet automne à la Maison des arts du Grütli de Genève avec une programmation généreuse, voluptueuse, tressée de récits d’amour, mais aussi de combats et de victoires. Avant-goût.

Cette année Everybody’s Perfect propose en prélude l’exposition, Hommage à Champs d’amour, concentré de la belle rétrospective éponyme retraçant un siècle de cinéma LGBTIQ+ qui avait eu lieu à Paris en 2019. L’équipe du festival a «rassemblé affiches et photos de l’exposition parisienne appartenant à des collections privées, cueilli quelques fleurs au cœur de ces champs d’amours pour former un bouquet exposé sur les murs du bar genevois Le Phare», comme on peut le lire sur son site internet. Inaugurée le 24 septembre, l’exposition est encore visible jusqu’au 21 novembre.
 
Douze long-métrages de fiction et dix documentaires sont à l’affiche de cette 8e édition, qui se déroulera sur dix jours, du 8 au 17 octobre dans les cinémas du Grütli. Ces films célèbrent l’amour sous toutes ses nuances: la bienveillance des parents de l’adolescent trans et non-binaire Tobi, qui font de leur mieux pour s’affranchir des cases de leur esprit, que l’on suit dans l’émouvant documentaire Colors of Tobi (10, 12, 16/10). Le regard plein d’amour que porte une mère réalisatrice sur son enfant dans Limiar (8, 14, 17/10), le filmant au quotidien pour mieux l’accompagner dans sa quête d’identité. Ou celui, pétri d’encouragement, qu’un professeur pose sur son élève dans Petite Nature (8, 10, 13, 15/10). Mais aussi l’amour avec un grand A, comme le laisse suggérer le trailer du film The World to Come, qui dépeint l’histoire d’une passion naissante entre deux femmes dans l’Amérique rurale du XIXe siècle.


 
«Les tourments de l’exil»
 Mais surtout, l’amour de soi, ce Graal indispensable à une vie intérieure apaisée: Miguel’s War (10, 11, 12, 13/10), portrait à tiroirs d’un homme gay qui a fui le Liban dans les années 80 pour s’installer à Madrid, en pleine Movida, en est un bel exemple. Ce documentaire, qui a remporté un Teddy Award à la Berlinale cette année, est le favori de Sylvie Cachin, la directrice de Everybody’s Perfect: «Un tour de force pour raconter les tourments de l’exil et des traumatismes de l’homophobie avec gravité et humour à la fois. Une expérience de cinéma haute en couleurs», estime-t-elle. Autre découverte: le film berlinois Nico (9, 11, 13, 14/10), qui raconte l’histoire d’une jeune lesbienne qui décide de prendre des cours de karaté pour remonter la pente après avoir été victime d’une agression raciste.


 
Le festival présente par ailleurs deux documentaires exceptionnels qui mettent chacun en lumière un chapitre oublié de l’histoire LGBTIQ+: Rebel Dykes (12, 13, 16/10), une plongée dans la scène punk et SM lesbienne dans l’underground londonien des années 80, et P.S. Burn this Letter Please (8, 11, 16, 17/10), un film né d’un carton plein de lettres que s’échangeait un petit groupe de drag queens new-yorkaises dans les années 50, à une époque où se balader dans la rue ne serait-ce qu’avec un fin trait de khôl sous les yeux pouvait vous faire finir en prison.
 

«Les dessous lesbiens de la chanson»
L’équipe du festival a également concocté trois programmes de court-métrages aux titres acidulés: Butineries, ancré du côté du féminin, qu’il soit queer, trans* ou lesbien (9, 16/10), Hautes tensions (9, 10, 14/10), à dominante queer et gay, et le très gay Caresse et dévore! (8, 12 et 14/10). Trois moyens-métrages sont présentés dans le programme «Masisi Paradise Supreme» (15 et 16/10) – à noter que le dernier, Supreme, met en scène une nuit mouvementée avec le collectif drag Genevegas. Invité à la projection du 16 octobre, le réalisateur Youssef Youssef répondra aux questions du public.
 
Autres pépites de cette 8e édition: d’une part la soirée «Les dessous lesbiens de la chanson» (14/10) avec projection du film brésilien Quebramar, rencontre avec Léa Lootgieter et Pauline Paris, les autrices du livre Les dessous lesbiens de la chanson, qui a inspiré cette soirée, et concert de la musicienne Sophie Solo, qui interprétera quelques-uns des classiques de la chanson française dédiés aux amours saphiques. D’autre part, une table ronde «Musique et transidentités au cinéma» (9/10), rassemblant la chercheuse en philosophie de l’art Elise Escalle-Dyachenko, le co-fondateur de Représentrans Charlie Fabre, la «fanzineureuse» Nath Gaisnon et la·le compositeur·rice de musique de films documentaires Samantha Plétant, se penchera sur la visibilité trans* dans les domaines de la musique et du cinéma. Et un dernier pour la route: un «flash tattoo queer» sera proposé par le studio Atelier Vacarme aux horaires du festival durant le week-end, soit la possibilité de se faire tatouer sur place par les deux artistes féministes lausannoises Typhonixe et Loum Loum, qui ont créé spécialement pour le festival une série de motifs de tatouages queer.
 

Programme et infos sur www.everybodysperfect.ch
Thèmes: Cinéma  Genève 

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