Culture

Hoshi, la sublime combattante

Photo: © Axel Vanhessche

L’artiste sera en concert aux Docks de Lausanne le 24 septembre pour une date unique en Suisse. L’occasion rêvée de célébrer son combat sincère, sans faille et engagé pour les communautés LGBTIQ+.

Jusqu’au sommet de son toupet relevé en chignon, elle ne ressemble à aucune autre. En japonais, Hoshi signifie étoile. Un nom de scène qui lui va comme un gant. Si l’artiste de 24 ans a tristement été la cible des propos nauséeux d’un obscur attaché de presse français sur le retour qui ne mérite pas que l’on rappelle son nom ici, la vérité d’Hoshi est ailleurs. D’une ère chaotique où la lente déconstruction de la société patriarcale se conjugue avec des actes homophobes particulièrement violents et des enjeux climatiques sans précédent, elle mène sa carrière avec la lucidité d’une artiste bien de son époque.

Comme une de ses célèbres aînées, icône de la pop française à la crinière rousse, Hoshi est aussi d’une génération désenchantée et elle aime aussi la mélancolie. Au lieu d’attribuer des notes selon un barème établi pour calculer son Quotient Queer qui est de toute façon irréprochable, saluons plutôt le militantisme continu de l’artiste que Benjamin Biolay ne se lasse pas d’encenser. À elle seule, Hoshi représente une certaine idée du queer et des nombreuses batailles que cette condition humaine implique.

La patronne
Elle n’a jamais cherché à l’instrumentaliser à des fins marketing, Hoshi ne cherche pas non plus à cacher son homosexualité. La preuve, en novembre 2018, elle pose main dans la main avec sa compagne Gia Martinelli sur le tapis rouge des NRJ Music Awards avant de dénoncer le «coming out forcé» un mois plus tard dans les colonnes de Paris Match. Là où un épilogue vite fait risquerait de la taxer d’ambiguïté, elle se montre au contraire authentique et cohérente sur toute la ligne: sa sexualité et sa vie amoureuse, elle en parle elle-même avec qui elle veut, quand elle veut.

En pleine possession de son image, elle ne s’en laissera pas déposséder par un journal en quête de buzz, prêt pour cela à déformer ses propos. Dans un message posté sur Facebook après la parution du magazine, elle exprime son sentiment de trahison face à la journaliste: «Je vomis en lisant cet article aujourd’hui, je vomis en voyant à quel point certains journalistes ne respectent rien, sont juste là pour faire scandale, pour faire du fric et prennent des raccourcis». Savoir où se situent ses propres limites et savoir les exprimer clairement, quelle meilleure façon de se respecter soi-même?

Amour sincère
Les baisers lesbiens façon MTV au début des années 2000, ce n’est pas son truc, à Hoshi. Par contre, lorsqu’elle interprète sa chanson Amour Censure aux Victoires de la Musique où elle est nommée dans la catégorie Révélation Scène de l’année en 2020 et qu’elle invite Gia Martinelli à la rejoindre sur scène, le couple échange un baiser que les deux millions de téléspectateurs ne sont pas près d’oublier. Ce grand moment de télévision doublé d’un message politique contre l’homophobie n’est pas sans conséquence: les commentaires haineux ne tardent pas à déferler.

Quelques jours plus tard, Hoshi dépose plainte pour harcèlement. Contrairement à l’idée reçue que les mentalités se sont adoucies ces dernières années, les temps sont durs pour les personnes queer. Comme un boomerang aux LGBTIQphobes incapables de gérer leurs pulsions hostiles résonnent les paroles de sa chanson: «Est-ce qu’on va un jour en finir avec la haine et les injures? Est-ce que quelqu’un viendra leur dire qu’on s’aime et que c’est pas impur?»

Thèmes: France  Musique 

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