Culture Disparition

Hommage à François Florey

4 avril 2020

Portait peint par Robert Nortik ©

François Florey, lumineux et excellent comédien genevois, nous a quittés mercredi dernier, le 25 mars 2020. Il avait 53 ans.

Il y a de ces hommes particulièrement tendres, doux, ouverts au monde et à chacun… ni misogyne, ni homophobe, ni raciste, au-delà même de ces notions.
François Florey faisait partie de ceux-là…
De ceux qui se demandent pourquoi on pose de tels barrages entre les genres, les sexualités, les sexes, les classes, les régions du monde, les religions ou les pays…

Comédien remarquable, particulier, à la présence indiscutable, François a eu une carrière longue et régulière au théâtre depuis 30 ans – rôles parfois magnifiques, en Suisse Romande, arpentant toutes les scènes de la région…
François aurait bien sûr pu réussir une belle carrière de cinéma, si le cinéma suisse lui en avait donné la chance peut-être… Il a néanmoins traversé de nombreux longs métrages helvètes et joué de beaux rôles et premiers rôles dans plus d’une trentaine de courts métrages romands pour la plupart, dont plusieurs vraiment prometteurs… Lui qui avait pourtant débuté sa carrière avec Francis Reusser, au cinéma, à 20 ans… décrochant le rôle principal dans «Jacques et Françoise» (avec Geneviève Pasquier, Violette, aujourd’hui codirectrice du théâtre des Osses de Fribourg), puis avec Alain Tanner («Fourbi»)… mais la trajectoire cinéma est difficile pour les romands.

Personnalité forte et affectueuse, François avait une tendresse et une bienveillance rare, qu’il diffusait à l’envi.

C’est au Théâtre qu’il a endossé des personnages exceptionnels, avec la même envie et la même curiosité, toujours. Il a travaillé avec beaucoup de femmes metteures en scène dont il aimait la finesse de sentiments, la pensée particulière, l’ouverture souvent: Eveline Murenbeeld avec les Basors, Anne Bisang, Zoé Reverdin, Geneviève Pasquier, Nalini Menamkat, Camille Giacobbino pour ne citer qu’elles, mais avait aussi croisé, voire accompagné Julien Schmutz, Frédéric Polier, Pietro Musillo, Valentin Rossier, Michel Voïta et j’en oublie tant!
Et j’ai eu la chance de le mettre en scène plusieurs fois aussi et nous devions lancer deux projets ensemble dans les semaines qui viennent, tenter un concours… fruit de mois de discussions et de lectures.

François a interprété toutes sortes de personnages issus des classiques mais aussi de textes contemporains; attaché au texte, en repérant forces et faiblesses, par une sorte d’alchimie magique… maris et amants bien sûr, si présents au théâtre… (nombreux textes contemporains…), roi, dictateur, empereur, ami, frère, fou, original, fantasque, sérieux, conventionnel, amoureux, aussi on l’a vu passer au sein de séries de la RTS comme «Quartier des Banques» ou «Bulle» dernièrement, second rôle furtif hélas… bref, rôles épiques, sympathiques, odieux, chaque fois différents, magnifiant son art de dire… de proférer… de jouer… d’être sur un plateau et d’y régner toujours avec les autres, car François avait une magnifique générosité sur les plateaux aussi.

François était un Genevois, Carougeois d’adoption, Valaisan d’origine – moitié Bagnard, moitié Anniviard – fils cadet d’une fratrie de trois garçons, ancien élève de l’école de théâtre Perimony à Paris dans les années 80, ancien squatteur de Coutance, proche d’Etat d’Urgences et de l’Usine dans les années 80 et 90, amoureux du premier Thé Dansant et grand séducteur au sens positif du terme bien sûr, ami fidèle depuis l’enfance et compagnon de vie aimé… François, père, de deux enfants magnifiques, L & L.

François avait une vie pleine et à facettes multiples, circulant fluidement de l’une à l’autre, lui qui appréciait tout particulièrement sa vie discrète, intime, mais aussi la sienne propre, hors de tout et de toutes et tous.

François, l’intranquille, pratiquant une profession précaire, intermittente, dans une situation toujours plus complexe et moins généreuse à l’égard des artistes et autres acteurs de culture.
François pour qui la tendresse guérissait de tout.

François se désolait parfois de cette impossibilité d’avancer vraiment dans ce métier en notre région, aurait voulu aussi tenter la mise en scène, s’agaçait ou s’ennuyait un peu et si doucement parfois depuis quelques années, chagriné de voir des projets tomber à l’eau, navré de relations parfois difficiles aussi.

François pensait souvent depuis toujours arrêter finalement et aller ouvrir un bistrot de raclette et fondue à Amsterdam… un joli rêve, qui le faisait rêver et sourire aussi. Le sourire de François.

François nous a quittés abruptement, victime des suites d’un infarctus.
Il venait de rentrer à la maison après quelques jours aux HUG, avait passé une soirée joyeuse et réconfortante en famille, sortant de l’hôpital mardi en fin de journée… La nuit l’a emporté.

De multiples témoignages d’estime, d’affection, d’amour et de douleur se sont manifestés, en pleine période de Covid 19 et la célébration a eu lieu en toute stricte intimité obligatoire, nous privant aussi de ce recueillement si nécessaire à toutes et tous : pouvoir se serrer les uns contre les autres, pleurer ensemble, raconter, resserrer les rangs malgré le départ d’un humain particulièrement exceptionnel d’humanité justement.

Nous le pleurons, confinés, en attendant le jour possible pour le célébrer toutes et tous ensemble, qui l’aim(i)ons tant!
(et pour toujours dans nos mémoires, il sera!)

«…À François
Qui nous entrait de plain pied dans le cœur
Direct

Le grand large

Bleu pour lui
Mauve pour nous

dessous

Aquarelle pour le départ de François de Caroline Gasser © – 2 avril 2020.

1 comments

Magnifique hommage
Que de regrets
Que se souvenirs ineffaçables
Deux L orphelin.e
Oui, la vie en mauve pour nous

Comments are closed.

À lire également