À la vie, à la mort

Le comédien Pascal Greggory rend hommage à Patrice Chéreau au travers de «Ceux qui m’aiment…», une lecture vibrante et sensible, basée sur les nombreux écrits du regretté réalisateur.

Cinq pièces de théâtre et cinq films. Dix œuvres qui font de Pascal Greggory l’acteur qui a le plus travaillé avec Patrice Chéreau. Une relation comédien/réalisateur qui a permis aux deux hommes de tisser des liens très forts. «J’ai connu ses tourments, ses désarrois, ses désespérances, ses doutes et ses retours foudroyants à la surface», se souvient le comédien dans sa note d’intention. «J’ai connu ses joies, ses immenses succès, ses débordements de tout.»

Après la disparition brutale de son ex-compagnon, décédé en octobre 2013 d’un cancer du poumon, Pascal Greggory ressent le besoin de lui rendre hommage. Il s’inspire des lettres qu’il lui a écrites lors de leur longue correspondance, mais aussi des pages traitant de ses mises en scène, ses réflexions théâtrales et cinématographiques. «Si j’ai un désir fort de dire les textes de Patrice Chéreau, c’est d’abord parce qu’ils sont d’un grand écrivain, d’une grande beauté littéraire et qu’ils sont peu connus du public», poursuit-il. «Ils sont aussi essentiels dans la construction et la constance d’un homme engagé artistiquement et politiquement. Son œuvre est le prolongement de sa vie affective, amoureuse. Tout est lié.»

Le vaste travail de compilation du comédien aboutit à une lecture théâtralisée, délicatement ponctuée de touches musicales et visuelles, qui retrace vingt années de compagnonnage. Une lecture qu’il a voulue aussi intime qu’universelle, au cours de laquelle il brosse le portrait d’un Patrice Chéreau profond et secret.

Référence au long métrage
«Ceux qui m’aiment prendront le train», sorti en 1998, la pièce implique les complices de toujours: Jean-Pierre Pancrazi à la mise en scène, Anne-Louise Trividic à la dramaturgie et Dominique Bruguière à la lumière. «C’est un travail de deuil», avoue Pascal Greggory au webmedia KuB. «J’en ai eu besoin à un moment donné, pour relancer la machine au théâtre. J’ai eu beaucoup de mal, parce que j’ai été extrêmement gâté d’avoir tellement travaillé avec Patrice côté théâtre, en plus du cinéma. Mais c’est également en quelque sorte un handicap. Pour retrouver un ou des metteurs en scène de cette hauteur, il faut se réveiller tôt le matin!»

Un spectacle émouvant, durant lequel Pascal Greggory raconte l’histoire d’un homme cher à son cœur – ainsi qu’à celui du public -, tout en révélant une facette moins connue d’un metteur en scène qui aura marqué durablement le 7e art.

» «Ceux qui m’aiment…», lecture de Pascal Greggory, d’après les écrits de Patrice Chéreau. Samedi 29 février, Théâtre de Vidy-Lausanne vidy.ch

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