Photo: Guillaume Perret

Du côté de Chez Jacob

Anne Bisang explore «Small g – une idylle d’été», oeuvre testamentaire de Patricia Highsmith qui dépeint les tribulations d’une petite communauté qui trouve refuge dans un bar gay-friendly où s’organisent des fêtes improvisées.

Zurich, au cœur d’une saison estivale de 1990. Le Biergarten Chez Jacob se mue chaque week-end en Small g, un attachant bar gay friendly au sein duquel évolue un microcosme bigarré. Un lieu de diversité et d’ouverture, qui fait la part belle à un monde oublié, sans smartphone ni application de rencontres. La fête bat son plein, mais les ombres rôdent…

Anne Bisang découvre Patricia Highsmith il y a une quinzaine d’année, via «Carol», son deuxième roman. «Je souhaitais trouver le temps d’explorer l’œuvre de cette grande auteure américaine aussi fameuse que secrète», explique-t-elle. «Ce livre m’avait marquée par sa simplicité, sa profondeur et sa force solaire. Et puis le fait qu’elle l’ait publié en 1952 sous pseudonyme pour se soustraire à de prévisibles réactions homophobes avait aiguisé mon intérêt.» C’est donc tout naturellement qu’un projet d’adaptation théâtrale lié à la romancière fait son chemin. «Small g – une idylle d’été, son tout dernier roman, était sur ma table de chevet depuis des années», poursuit

Anne Bisang. «Il fallait qu’arrive le bon moment pour le lire et qu’il résonne avec mes préoccupations artistiques actuelles. J’ai non seulement découvert un roman très riche mais aussi une personnalité particulièrement attachante. Patricia Highsmith est une auteure queer dont l’œuvre considérable mérite d’être relue à l’aune des grands débats actuels sur l’identité sexuelle.» Débats qui enflamment déjà les années 90 – durant lesquelles se déroule l’intrigue – et interpellent la jeune Anne Bisang.

Années pivot
Le roman fait bien écho à son expérience, mais de manière indirecte puisqu’elle vivait à Genève, où elle fréquentait plusieurs lieux LGBT. «Je connaissais surtout Zurich à travers les actualités télévisées», se rappelle-t-elle. «Avec notamment la diffusion les images de la Platzspitz puis du Letten et des street parades. Il me semble que ce sont des années pivot pour des questions politiques et de société qui se sont affirmées depuis: autour de la construction sociale du genre et des revendications LGBTIQ+.»

Sida, toxicomanie, amour, homosexualité, harcèlement, homophobie, utopie, peur de vieillir, le roman de Patricia Highsmith fourmille de thématiques fortes. Pour autant, Anne Bisang n’en privilégie aucune. «C’est la photographie d’un groupe de personnes vivant sous des menaces diffuses qui inventent envers et contre tout, des relations fraternelles et amoureuses, joyeuses et émancipatrices», assure-t-elle. «C’est la nécessité de célébrer le vivant dans des circonstances hostiles que je souhaite mettre en exergue.» Et vivants, Rickie, Luisa, Teddie, Dorrie, et les autres le sont plus que jamais, face à l’oppression de la morale bien-pensante qui cherche à les museler inexorablement…

» «Small g – une idylle d’été», d’après le roman de Patricia Highsmith, mise en scène Anne Bisang, du 16 au 19 janvier @Théâtre populaire romand/Beau-Site rue de Beau-Site 30, La Chaux-de-Fonds. Plus d’infos et réservations: tpr.ch. Puis en tournée du 22 janvier au 1er février à la Comédie de Genève; les 6 et 7 février à Équilibre/Nuithonie, Villars-sur-Glâne (FR) et à Vidy-Lausanne du 11 au 14 février.

À lire également