Photo: Florie Berger

La lesbienne pour les nuls

Dix ans après sa création, Marine Baousson reprend le flambeau de «La lesbienne invisible» avec fraîcheur et talent. Une Océanerosemarie version 2019 à découvrir à Vernier (GE) jeudi et vendredi.

Écrite en 2009, «La lesbienne invisible» rencontre un succès immédiat. L’histoire de cette jeune femme faussement naïve qui découvre son homosexualité – à laquelle personne ne croit – emmène Océane, sa créatrice, dans une tournée triomphale de quatre ans. Plus de 550 dates durant lesquelles elle retrace le parcours initiatique et chaotique d’Océanerosemarie, au travers de situations drôles et émouvantes, agrémentées d’une galerie de portraits qui n’épargne personne. Un monument en la matière.

C’est dire si la reprise d’un tel rôle s’avère périlleuse. Qu’importe, Marine Baousson relève le défi, et incarne désormais la nouvelle Océanerosemarie. «Parce que l’ancienne version, c’est plus ce que c’était!» Et pour cause. En mai 2018, Océane entame sa transition. Devenue Océan, elle ressent le besoin de garder un lien avec son ancienne communauté. «Parce que j’ai quitté le monde des lesbiennes pour devenir un homme trans, j’ai eu envie de remonter mon premier spectacle avec une autre comédienne pour incarner cette Océanerosemarie, qui est devenue un personnage, un costume, explique le metteur en scène. Une manière de passer le flambeau. Ma rencontre avec Marine Baousson a agi comme un joyeux électrochoc: il m’est apparu comme une évidence que c’était LA personne qui pourrait incarner Océanerosemarie avec autant – si ce n’est plus – de naturel que moi à l’époque!»

Même si le one woman show a dix ans, le sujet reste hélas très contemporain. Océan a néanmoins pris le parti de réécrire la fin, de manière à coller aux préoccupations d’aujourd’hui. «Le spectacle est toujours d’actualité, assure-t-il. Surtout en ce moment, alors que la question de la PMA pour toutes est au cœur des débats et divise, quand d’autres pays comme la Belgique ou l’Espagne ont réglé la question depuis longtemps.» Marine a pour sa part suggéré quelques modifications, afin de s’approprier pleinement l’héroïne.

«Aujourd’hui, on a encore besoin de dire: c’est ok d’être lesbienne, c’est même génial!»

«Evidemment, il y a des ajouts, avoue-telle à Komitid. Je voulais qu’il y ait un happy end pour le personnage. Sans dire ce qu’il se passe, il y a quand même une actualisation. Il s’est passé cinq ans depuis la dernière du spectacle. Il s’en est passé des choses pendant ce temps, et des choses importantes en plus! Notamment le «mariage pour tous». On a vu à quel point c’était extrêmement violent. Aujourd’hui, on a encore besoin de dire: c’est ok d’être lesbienne, c’est même génial!» Quant à Océan, il est ravi de retrouver son personnage phare de l’autre côté du miroir. «Je suis extrêmement heureux d’être dans l’ombre, à la mise en scène de ce spectacle, confie-t-il. Et d’éclairer cette comédienne sensible, drôle et émouvante avec ce texte qui résonne toujours autant.» Un plaisir d’autant plus grand que la pièce semble toujours avoir le même effet libérateur et pédagogique. Une manière tendre et décomplexée de rire sur un sujet encore trop souvent douloureux.

» La lesbienne invisible, d’Océan (ex Océanerosemarie), avec Marine Baousson Jeudi 21 et vendredi 22 novembre, 20h30 en collaboration avec le Festival Les Créatives. Théâtre de Vernier, Salle du Lignon Place du Lignon 16. Rencontre avec Océan à l’issue de la représentation du vendredi 22 novembre.

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