Billie Bird, sans contrefaçon

Nous étions sur le tournage du clip de Billie Bird, une reprise à couper le souffle de «Sans Contrefaçon». Dans sa version, l’hymne atteint des sommets de volupté et donne envie de nous serrer dans les bras les un·e·s des autres.

Lundi 10 juin 2019, 14:56: «Coucou, ça va?! Dis, je tourne un clip pour ma cover de Sans Contrefaçon jeudi 20 juin au Saxo de 18h à 23h. Je suis en train de créer un groupe de gens qui font la fête, ça te dirait de participer? Ton amoureux welcome! Bec.» Billie Bird reprenant l’hymne de Mylène, l’invitation ne se refuse pas! Surtout un tel morceau. Morceau totem à la puissance inégalée jusqu’ici.

Aussitôt, on ressort le disque pour planter l’aiguille dans le sillon du vinyle de l’époque et se replonger dans l’ambiance. Le plastique noir grésille et ondule légèrement sous le poids des années… Le frisson des mots de Charles Baudelaire sur «L’horloge», ouverture de la face A, est intact. «Dis maman, pourquoi je suis pas un garçon?», dès la première mesure du deuxième morceau, «Sans Contrefaçon», le mystère Farmer revient en puissance. Avouons, marqué·e·s, nous le sommes toutes et tous au fer rouge.

Je suis caméléon
Retour à Billie Bird qui, 32 ans après la sortie de l’originale en 1987, reprend la comptine sexuellement ambiguë de la star rousse pour l’emmener vers d’autres horizons. Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête, elle n’en fait qu’à sa tête. Aux cyniques tenté·e·s de ricaner, précisons d’emblée que l’élan d’Elodie (le prénom de Billie Bird à la ville) n’a rien d’ironique. Aucune intention chez elle d’égratigner le mythe originel, bien au contraire. Elle-même bercée de culture pop et de variété française depuis sa plus tendre enfance, elle respecte l’artiste et son œuvre. Les étiquettes, elle préfère les faire voler en éclats.

Alors oui, le public de l’artiste à la guitare folk la retrouvera certainement là où il l’attend le moins et c’est tant mieux. Ainsi soit-elle! Après sa reprise en anglais de «Smalltown Boy», «Sans Contrefaçon» lui trottait dans la tête depuis un moment. «Ça fait déjà quelques années que je réfléchissais à cette chanson», se souvient-elle. «On avait commencé à travailler dessus à l’époque où j’enregistrais «La Nuit», et j’avais très envie de faire une cover en français, à la fois profonde et légère et qui représente la multiplicité qui nous caractérise à différents niveaux.»

Tout·e seul·e dans mon placard
«La communauté LGBT m’a beaucoup soutenue dès mes débuts», révèle-t-elle. «Cette reprise est aussi une manière de rendre hommage à tous ces gens pour qui, comme pour moi, «Sans Contrefaçon» a été un vrai refuge dans nos historiques identitaires.»

L’ambiance sur le clip est à l’image de cette volonté de rassemblement. Arrivé·e·s sur place, chacun·e des figurant·e·s est accueilli.e par Sabrina et son large sourire devant le Saxo. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, le Saxo est une institution à Lausanne. Un bar sur deux étages à l’ancienne, dans le sens que son âme date d’une époque où un endroit pour se retrouver entre eux représentait un véritable abri pour nos ainé·e·s. Maître des lieux, Jacques est aux petits soins avec toute l’équipe qui se prépare au tournage. Boissons, croque-monsieurs (délicieux!) sont distribués à tout le monde. On se regarde, on se sourit, on se réjouit.

Soudain, Elodie prend le micro pour donner les instructions aux figurants au micro sur la petite scène du sacrosaint karaoké des lieux: «Dansez, amusez-vous, c’est tout ce que l’on attend de vous!» Derrière la caméra, Shirin réussit brillamment à nous faire oublier que nous sommes filmé·e·s. Derrière la caméra à ses côtés, Vincent, le styliste de l’artiste, capture les instants de grâce de la soirée en se faufilant parmi nous. L’alchimie a lieu dans une bienveillance rare et… une énorme envie de faire la fête! Dès les premières mesures de la chanson douce comme une caresse de Billie Bird, l’émotion est à son comble.

Prenez garde à mes soldats de plomb
Totalement réinventée comme une vague qui va et qui vient, on ne reconnaît pas immédiatement Sans Contrefaçon, la surprise est d’autant plus magique. Les corps dansent pendant que l’artiste, elle-même très émue, nous lance des regards complices qui en disent long. Toutes, tous, nous chantons à l’unisson, porté·e·s par l’incroyable mélopée enveloppante. Les sourires se mélangent aux yeux mouillés. Oui, nous sommes passé·e·s par là. Oui, la musique, ce cri qui vient de l’intérieur, a aidé à panser les moments douloureux. Oui, nous revenons de loin. Et oui, ce soir la fête a ce goût unique qui nous rappelle aux boums de nos adolescences, lorsque pendant les slows, nous rêvions de danser avec quelqu’un d’autre… Debout, le poing levé en dansant avec Billie Bird qui chante, la revanche renoue avec la saveur de l’hymne écrit par Farmer. L’hymne à nos envies, l’hymne à nos vies.

» «Sans contrefaçon», de Billie Bird sort aujourd’hui. Le clip sera visible dès le 3 décembre

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