Photo © Kunstverein Hamburg

Peaches entre au musée

Pour célébrer 20 ans de carrière, l’icône queer pop expose dans un musée. «Peaches, Whose Jizz Is This?» est à découvrir à Hambourg.

Il semble loin le temps où Peaches sautillait en short flashy sur des loops d’electroclash explosifs en première partie de Björk, seule sur scène et sous les huées d’un public impatienté. Méprisée à ses débuts pour ses textes crus et son attitude ultra-sexe, la chanteuse et productrice canadienne basée à Berlin s’est muée au cours des deux dernières décennies en icône sexpositive adulée par la communauté queer-féministe.

Ses concerts se vendent aujourd’hui à guichets fermés. Tout comme les spectacles déjantés qui sont devenus sa griffe, à mi-chemin entre performance post-porn, défilé de mode, laser show, cabaret electro et opéra punk. À l’image de son dernier show, qu’elle a présenté au mois d’août à Hambourg: «There is only one peach with the hole in the middle», véritable tour de force qui a réuni une quarantaine de performeurs/ses et musiciens/nes sur scène, et qui sera également visible à Berlin fin décembre.

Une armada de sextoys
Après avoir conquis les festivals puis les théâtres, la voilà donc qui déboule dans le monde de l’art contemporain, non sans avoir déjà au compteur quelques collaborations remarquées avec de grands noms comme Sophie Calle ou Yoko Ono. Invitée par Bettina Steinbrügge, directrice de l’Association d’arts de Hambourg, à présenter sa toute première exposition solo pour célébrer le 20e anniversaire de ses débuts en tant que Peaches, l’artiste a imaginé «un musical déconstruit en 14 scènes» duquel elle s’est volontairement effacée: «Pour moi qui vient d’une pratique très performative, le challenge était de savoir si j’étais capable de faire un travail performatif sans moi, et sans humains», explique-t-elle lors d’une discussion publique organisée dans le cadre de l’exposition. Car les vedettes de son show muséal sont une armada de sextoys en pleine libération sexuelle.

«J’aime utiliser l’humour et le fun pour m’adresser aux gens et leur permettre d’apprécier ensuite une signification plus profonde.» Peaches

C’est en tombant sur une vidéo sur internet dans laquelle un utilisateur anonyme énumère les avantages d’un étrange sextoy appelé «double masturbateur», un manchon de silicone dont les deux orifices imitent d’un côté une bouche féminine, dents incluses, et de l’autre une vulve, qu’elle a eu l’idée de tisser une histoire autour de ces objets hermaphrodites: «La chose qui m’a le plus dérangée dans cette vidéo, c’était l’objet en lui-même, qui était une chose dépourvue de corps mais de toute évidence féminine, et qui en même temps ressemblait à un tube phallique», explique Peaches.

Photo: Fred Dott

Des sextoys qui chantent
La vidéo en question ouvre l’exposition, conçue comme un parcours dans l’histoire de l’émancipation des «fleshies», le petit nom qu’a donné Peaches à ces drôles de sextoys «définitivement queer» dès lors qu’on cesse de les envisager comme des objets inanimés. Peaches les fait chanter, raconter leurs états d’âme et partouzer.

Las d’être de passifs réceptacles à foutre («jizz») au service des humains, les fleshies acquièrent une conscience collective en partageant leurs expériences avilissantes, se fédèrent et se libèrent de l’esclavage sexuel auquel elles étaient jusqu’alors condamnées, réalisant qu’elles disposent d’un potentiel érotique infini, peuvent se donner mutuellement du plaisir et sont même capables d’éjaculer. Voilà à quoi tient la fable queer-féministe post-humaine qui sert de fil rouge à l’exposition, qui mêle installations, vidéos, sculptures et fontaine animée célébrant le squirting, aux accents joyeusement niki-de-saint-phalliens. Comme le résume Peaches: «J’aime utiliser l’humour et le fun pour m’adresser aux gens et leur permettre d’apprécier ensuite une signification plus profonde.»

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