Photo ©Jacari Jacobs

Lizzo superstar

Incarnation d’une époque caractérisée par le télescopage du meilleur et du pire, Lizzo sort du lot avec son énergie soul flamboyante et son hip-hop qui donne envie de croire que demain sera peut-être beau. Et fun!

Il arrive parfois qu’une première partie rafle la mise; ce fut le cas jeudi 11 juillet 2019 au Montreux Jazz. Ce soir-là, si les murs avaient des oreilles, pour sûr ils vibreraient encore aujourd’hui. Une fois n’est pas coutume, la salle du Stravinsky tombait son masque un peu trop rigide pour laisser la place à une foule en délire.

Et pour cause: telle une meneuse de cabaret post-#metoo, la bombe Lizzo faisait tout voler en éclat pendant son show de préchauffe à Janelle Monae. Backstage, cette dernière pouvait bien se demander ce qu’elle allait pouvoir faire après cette performance ultime. Sans comparaison, il faut bien admettre qu’après le raz-de-marée Lizzo, son show sans faux-pli, son costume de warrior en majorette façon Las Vegas sur son trône semblaient un peu figés, malgré tout son talent de performeuse soul. Après leurs concerts respectifs, les deux artistes se sont retrouvées pour une jam session, renouant avec la tradition du festival.

Rugissement d’amour propre
Lizzo, c’est un cri du cœur, un rugissement d’amour propre en boomerang en direction de ses fans électrisés. Son RnB explosif se traduit physiquement en twerk endiablé. Black, ronde, décomplexée, elle termine en apogée la déconstruction des clichés véhiculés par les magazines de mode en couverture du «Elle USA». D’un coup d’un seul et sans revanche, Lizzo renvoie au placard toutes les reines de la pop couronnées décennie après décennie par la communauté LGBTIQ+. Elle ne fait partie d’aucune monarchie pop, elle est mieux que ça.

À la différence d’une souveraine descendant de son piédestal pour hypnotiser ses adorateurs, Lizzo distille son énergie dans ses costumes de scène fabuleux, comme son body XXL rose bonbon à manches bouffantes. Généreuse avec ça. Signe des temps qui courent aux Etats-Unis comme ailleurs, son message n’est pas que libérateur, il est politique. Et elle fait drôlement du bien.

Lizzo for Prez!
Sa puissance écrase tout sur son passage. De la soul, elle a la grandeur d’âme, du rap elle a l’énergie flamboyante et communicative. Elle, ce n’est pas sur un trône qu’on a envie de la voir, mais plutôt entourée de ses danseuses sexy à la Maison-Blanche pour insuffler ce changement d’ère qu’on attend presque asphyxié·e·s.

Jusqu’au bout de ses extensions capillaires, Lizzo est américaine. De son vrai nom Melissa Viviane Jefferson, elle est née dans la ville de Detroit en 1988, l’année du hit «Don’t Believe the Hype» de Public Enemy et du 10e album de Prince, «Lovesexy». Son Instagram est à son image: frais, fun, sexy, coloré et bruyant. Là où d’autres stars se pavanent en filtres Snapchat et chorégraphies en Boomerang, Lizzo préfère faire rougir de bonheur ses fans et partager son excitation de se retrouver No 1 du Billboard Hot 100 avec son titre «Truth Hurts» aux ÉtatsUnis.

Aux antipodes d’une figure du vide qui aurait tout misé sur la taille de son cul photoshopé, Lizzo est de la trempe des grandes et son cul à elle est bien réel. Et c’est exactement la raison pour laquelle elle l’instrumentalise sous toutes les coutures: pour montrer qu’aujourd’hui malgré les diktats, on peut briller par sa différence. Un ange passe, celui d’Aretha Franklin, qui aurait pu être sa marraine artistique. Son talent d’artiste hip-hop et joueuse de flûte traversière n’a évidemment pas tardé à éveiller la curiosité de certain·e·s de ses collègues. Après «Tempo», son récent duo avec la trop rare Missy Elliott, Rihanna impatiente de collaborer avec elle, Beyoncé et son époux Jay-Z assistent à ses concerts sur le côté de la scène. Comme nous, ils sont tous accros. Alors en attendant la suite, on se régale de son 3e album «Cuz I Love You». In Lizzo We Trust!

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