Danse comme si personne ne t’écoutait

Décalé et hybride, «Grand Écart» de Kiyan Khoshoie a quelque chose du «Diable s’habille en Prada» version danse. Pour notre plus grand plaisir! À voir dès jeudi à Genève.

Il y a deux ans, le danseur genevois Kiyan Khoshoie fait face à une crise existentielle. Fraîchement trentenaire, il a passé dix années au sein de diverses compagnies de danse contemporaine à travers toute l’Europe et commence à sentir le feu sacré le quitter.

«Je vivais des moments durant lesquels je ne comprenais plus du tout l’art que j’essayais d’exercer», explique-t-il dans sa note d’intention. J’étais à la fois passionné par ce que je faisais, tout en ayant des vrais moments de vertige: j’observais les gens qui m’entouraient, notre façon de travailler, notre rapport au corps, et tout cela me paraissait soit tout à fait absurde, soit complètement fou. Je suis arrivé à un point de non-retour quand j’ai senti que je commençais à devenir «un fonctionnaire» de la danse, qui effectuait les choses sans plus les questionner, sans envie. Je me suis dit qu’il fallait impérativement que je dépasse cela, d’une manière ou d’une autre, pour retrouver du sens. C’est de là qu’est né le spectacle.»

Et c’est tout naturellement que le danseur s’est lancé dans un «Grand Écart», tant physique qu’intellectuel. Pas question pour autant d’abandonner sa discipline de prédilection, même si l’idée a pu lui traverser l’esprit à un moment donné.

Melting-pot
«Je n’avais plus envie de faire ça, de cette manière-là», confie-t-il dans «Vertigo», sur les ondes de la RTS. «Ce n’était plus ça qui me nourrissait. Il a fallu que je me repositionne face à ma profession et retombe amoureux de mon métier. Pour aussi comprendre que ça fait partie de moi. Que je n’allais pas arrêter de danser, mais que j’allais peut-être faire ça différemment.» C’est ainsi qu’est né ce «Grand Écart», joyeux melting pot de danse, de stand up, de théâtre et de performance. A la chorégraphie, il ajoute le verbe. Et avec talent! L’artiste se fait acteur.

Au vu de son flow, il pourrait tout aussi bien slamer ou rapper. Rien à voir avec un spectacle conceptuel prise de tête, bien au contraire. «Il faut le faire avec humour», poursuit-il. «Parce que l’humour, c’est ce qui me porte dans ma vie. Il fallait poser un côté drôle. Dans une passion, il y a forcément le côté attrayant et le côté moins cool.»

Kiyan Khoshoie, lui, est très cool. Et le public ne s’y trompe pas. Dans la salle, les rires ne cessent de fuser et la bonne humeur est de mise. A ne pas manquer, que vous soyez adepte de danse ou non.

» «Grand Écart», de et avec Kiyan Khoshoie, mis en scène par Charlotte Dumartheray Du 19 au 28 septembre 2019. Je 19h et ve, sa. 20h. Théâtre du Grütli Général-Dufour 16; Genève. Plus d’infos sur grutli.ch

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