Quand les gays sont entrés au musée

En décembre 1985, le premier musée gay au monde voyait le jour à Berlin… Trente ans plus tard, le Schwules Museum se raconte à travers une rétrospective à son image.

Qui l’aurait cru? Au beau milieu des éphèbes dénudés du photographe allemand Wilhelm von Gloeden, des clichés de l’activiste lesbienne Petra Gall, qui a documenté l’underground lesbien à Berlin-Ouest dans les années 1970-1980 ou d’une affiche du film-culte de Rosa von Praunheim (1), se trouve un portrait de Lénine. Alors que la Russie fait aujourd’hui la chasse aux gays et aux lesbiennes, Wolfgang Theis, le curateur de l’exposition Tapetenwechsel (2) (changement de tapisserie), inaugurée à l’occasion du 30e anniversaire du Schwules Museum, a trouvé bon de rappeler qu’il y a près d’un siècle le père de la révolution bolchevique avait légalisé l’homosexualité. «J’ai trouvé le tableau au marché aux puces il y a quelques semaines», s’amuse Wolfgang Theis, qui n’est autre qu’un des fondateurs du musée. «Le premier au monde», précise-t-il avec une étincelle de fierté dans ses yeux malicieux.

Eldorado
Alors qu’il était étudiant en sociologie, il monte avec quelques camarades une exposition sur l’histoire du mouvement gay dans la capitale allemande au musée municipal de Berlin en 1984, baptisée Eldorado, du nom d’un cabaret mythique des années 1920. «À cette époque nous n’avions rien», se souvient Wolfgang Theis. «Nous avons lancé un appel pour demander à ce que les gens nous envoient des objets qui témoignent de l’histoire des gays. Et il y a plein de gays qui nous ont envoyé leurs films porno!», se souvient-il, amusé.

Le Schwules Musuem a ouvert ses portes l’année suivante, d’abord dans une salle prêtée par une association gay, qui devait régulièrement être vidée quand des événements étaient organisés, puis à Mehringdamm, à Kreuzberg, au-dessus d’un club gay non moins mythique, le SchwuZ. En 2013, les deux établissements ont dû déménager: la discothèque s’est installée dans le quartier populaire de Neukölln, tandis que le Schwules Museum a pris ses quartiers à la lisière du Tiergarten, le poumon vert de Berlin, où il dispose désormais d’un espace collant plus à ses ambitions.

Rattrapés par le marché de l’art
«Nous avons très envie d’avoir à nouveau une exposition permanente pour répondre aux attentes des touristes qui se rendent à Berlin et visitent notre musée», explique Jan-Claus Müller membre du comité directeur du musée. «Cette exposition sur l’histoire du musée constitue déjà un grand pas dans cette direction».

En 30 années d’expositions, le Schwules Museum est parvenu à se constituer un fond important, notamment en posant comme condition que chacun des artistes exposés offre une de ses œuvres au musée. Mais Wolfgang Theis regrette que les moyens financiers limités du musée l’empêchent d’enrichir sa collection: «Nous n’avons pas assez de Hockney, nous n’avons pas un seul Tom of Finland, c’était trop cher. À nos débuts, nous pouvions à peu près tout nous offrir, mais plus nous sommes devenus célèbres, plus l’art gay a pris de la valeur sur le marché de l’art. Autrefois nous trouvions beaucoup d’œuvres sur les marchés aux puces».

«A chaque fois que nous nous sommes retrouvés dans une situation délicate, nous avons organisé une exposition sur le porno.» Wolfgang Theis

Les 250’000 euros de subventions annuelles que reçoit le musée depuis quelques années ne suffisent souvent pas à couvrir les dépenses et permettent seulement de financer une poignée d’emplois. La grande majorité des personnes qui travaillent au Schwules Museum sont bénévoles, souligne Jan-Claus Müller. «Beaucoup d’entre-elles ont envie de faire quelque chose en retour pour la communauté, de s’engager, que ce soit par amour pour l’art ou pour rencontrer d’autres gens». Avec le temps, l’équipe du musée a d’ailleurs trouvé une formule magique pour redresser la barre quand les finances sont mauvaises: «A chaque fois que nous nous sommes retrouvés dans une situation délicate, nous avons organisé une exposition sur le porno» s’esclaffe Wolfgang Theis, qui cite l’exemple de l’exposition Porn that way, qui a attiré en 2014 de nombreux visiteurs, y compris un public hétérosexuel. Les prochaines expositions que s’apprête à accueillir le musée cette année porteront sur les superhéros de BD queer, les dandies et les enfants terribles Klaus et Erika Mann.

(1) «Nicht der Homosexuelle ist pervers, sondern die Situation, in der er lebt» («Ce n’est pas l’homosexuel qui est pervers mais la société dans laquelle il vit»), 1971
(2) Exposition «Tapetenwechsel», jusqu’au 12 mai

» Schwules Museum, Lützowstraße 73. Ouvert tous les jours de 14h à 18h sauf le mardi, jusqu’à 20h le jeudi et 19h le samedi. Entrée: 7,50€.

1 comments

Bonjour, je vais peut être casser un peu l’ambiance mais , je reviens justement de Berlin aujourd’hui , voyage magnifique , culturel, vraiment inoubliable … Cependant je voudrais juste attirer l’attention sur le « musee gay » ou le « musee de l’homosexualite » qui est véritablement un musee ,rassurez vous, mais tellement décevant ! Je m’explique: je suis moi-même homo, j’avais une telle envie de visiter ce musee ,qu’arrivé sur place je me suis retrouvé face à quelques tableaux ici et là , avec à peine une explication . Tout ça parce que les artistes sont eux mêmes gays. Je me rend sur TripAdvisor où les avis débordent de mécontents ,’de déçus … Bref à éviter quoi! Je trouve dommage de faire une telle pub , de donner beaucoup de satisfaction à un musee alors qu’arrivée sur place il faut payer pour voir des tableaux des jonquilles , deux bonhommes qui s’embrassent et une tâche verte, bleue, jaune , rouge, orange et violet .

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