Culture Culte

«Magazine», premier fagzine français (1980-1987)

27 mars 2015

Coupures de «Magazine»: Yves Mourousi et Pierre & Gilles.

Plongeon dans l’univers des fanzines gay d’hier et d’aujourd’hui. Ce mois-ci, c’est «Magazine», de Didier Lestrade, que nous vous proposons de découvrir.

Parmi les domaines les plus sulfureux de la presse spécialisée, le secteur gay demeure depuis toujours l’un des plus hauts en couleur. Il détient des perles monumentales parmi les pionniers du genre, parus entre 1970 et 1990: les fanzines underground. L’iconographie délicieusement spécifique de ce créneau, alliée à la vaste diversité des publications «off», en font un monde à part à disséquer avec jubilation en se délectant de ce florilège quasiment historique ayant ouvert la voie en grande pompe à toutes les futures publications LGBTQ contemporaines.

Notre premier plongeon dans cet univers parallèle qu’est celui du «fagzine» se situe à Paris autour de 1980. Didier Lestrade, pas encore cofondateur d’Act Up ni de «Têtu», mais déjà très au clair quant à son orientation et à ses coups de gueule, fonde «Magazine», une publication réunissant tous les attributs de cette presse hors-circuit.

brut de décoffrage
Empruntant autant à «Interview» d’Andy Warhol quant à la prédominance de portfolios photographiques d’illustres inconnus (qui bien souvent ne le resteront pas longtemps) qu’aux interviews intégrales en version brut de décoffrage, mais aussi beaucoup à l’esprit punkrock dans l’utilisation de papier coloré pour l’impression et de typographie façon journal: la recette est simple et fait mouche.

«Magazine» est très vite reconnu comme l’un des «fagzines» majeurs de son époque. Stars en devenir et trublions iconiques de la scène gay underground internationale se côtoient sur les pages colorées, le plus souvent épinglés au coin de la rue en mode snapshot par Didier Lestrade lui-même à l’aide d’un Instamatic Kodak.

esthétique hypersexuelle
Au fil de l’aventure, qui durera sept ans, la crème du futur gotha artistique mondial œuvrant à offrir à la cause gay ses lettres de noblesse participe activement à la consolidation de cette image de marque. Aujourd’hui unanimement admise comme incontournable, cette esthétique hypersexuelle reste encore dans l’obscurité au début des années 80. Ce sont très précisément les «fagzines» qui semblent avoir opéré le déclic en ayant fortement influencé la propagation et l’acceptation de la plupart des codes les plus sulfureux de l’univers gay en les élevant au rang d’art .

La liste des collaborateurs en dit long quant à la qualité générale de l’objet réunissant un nombre affolant de futures stars incontestées, ainsi qu’à l’instinct visionnaire de Didier Lestrade. Parmi les nombreux satellites ayant œuvré avec ou pour «Magazine», on trouve entre autres: Tom of Finland, Pierre et Gilles, Divine, Keith Haring, Paul Morrissey, Gilbert and George, Erwin Olaf, Erté, David Hockney et la liste est encore longue et pétillante. Actuellement en voie de canonisation chez certains galeristes et libraires, «Magazine» a récemment été l’objet d’une exposition éponyme à Paris, permettant de découvrir la totalité des numéros parus ainsi qu’une partie des photographies cultes qui en ont fait sa réputation.

L’exposition a été prise d’assaut par les jeunes générations qui n’ont pas eu la chance de les avoir négligemment empilés sous leur lit depuis plusieurs décennies, sinon vendus à prix d’or sur eBay. Pour en avoir le cœur net, il est possible de feuilleter virtuellement quelques numéros de «Magazine» sur le site de Didier Lestrade afin de pouvoir palper d’un peu près l’une des clés de voûte de la presse LGBTQ alors en devenir, grâce à l’engagement et au talent du très prolifique Monsieur Lestrade à la carrure digne d’un héros aux couleurs arc-en-ciel.

» En savoir plus sur le site de Didier Lestrade.

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