L’agité du bocage

De sa retraite normande, Didier Lestrade livre quelques réflexions énervées sur l’évolution de la société en général et de la communauté gay en particulier, 20 ans après les débuts d’Act Up, dont il fut l’un des fondateurs en France.

Personnalité incontournable de la scène gay française des années 90, on savait Didier Lestrade retiré à la campagne, maugréant quelque part au milieu du bocage normand. Mais ceux qui espéraient que l’ancien président d’Act Up Paris et fondateur de Têtu réserverait désormais ses coups de fourche à son jardin en seront pour leurs frais: Lestrade reste le promoteur d’une urgente «moralisation» de la scène gay, à l’heure où pensée de caste, arrogance et irresponsabilité croissantes chez les gays menacent de leur aliéner le reste de la population. Un diagnostic sévère qui fait dire à Lestrade que «l’enjeu principal des gays n’est pas l’égalité des droits mais leur représentation au sein de la société.»

Au moins aussi attachant qu’immodeste dans ce Journal de campagne, Lestrade se propose de «chercher des clés qui pourraient débloquer l’impasse gay moderne» avec pour fil rouge l’œuvre de écrivain du XIXe siècle, icône des luttes écologiques et civiques contemporaines Henry David Thoreau, qu’il relie à son propre retour à la nature. Parfois péremptoires, comme sur les trans (une «quête d’identité devenue un passe-temps»: les intéressées n’ont pas apprécié), ses observations à contre-courant ont le mérite d’une lucidité farouchement provocatrice.

Cheikh – Journal de campagne, par Didier Lestrade. Ed. Flammarion

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