Qui s’assemble se ressemble

Plongez dans l’incroyable histoire du performeur Genesis P-Orridge et de sa compagne Lady Jaye. Un amour suffisamment fort pour transformer les corps, capté par la caméra de Marie Losier.

S’aimer, est-ce vouloir se ressembler au point de ne former plus qu’un? Est-ce désirer l’autre au point de tendre à l’incorporer? Le fantasme est devenu réalité entre le pionnier britannique de la scène industrielle Genesis P-Orridge et Lady Jaye, celle qui a partagé sa vie entre 2000 et 2007, avant d’être emportée par les insuffisances d’un cœur un peu trop fragile. Marie Losier donne à voir cette épopée de la trans-figuration dans The Ballad of Genesis and Lady Jaye. Un film à mi-chemin entre documentaire et expérimentation.

La rencontre a lieu à New York. D’un côté, le performeur-provocateur Genesis, né à Manchester en 1950 et artisan d’un art du punk peu commun. De l’autre, Jacqueline Breyer, de moitié plus jeune, débarquée dans la grosse pomme à l’âge de 14 ans et active comme dominatrice dans un donjon interlope pour payer ses études d’infirmière.

Amour et bistouri
Parce qu’ils se sont aimés à la folie, parce qu’ils considéraient leurs enveloppes charnelles et leurs vies elles-mêmes comme le seuil ultime de toute démarche artistique, le couple décide de s’unir et de se ressembler au point de générer une troisième entité, une émanation sentimentale dont l’incarnation sculpterait les contours mêmes de leurs êtres.

Concrètement, l’idylle-miroir entraîne de nombreuses interventions cosmétiques et chirurgicales – elle fait notamment retoucher son nez, il se fait poser des implants mammaires. Ils s’habillent et se coiffent à l’identique, dans un geste à la fois fétichiste et romantique qu’ils baptisent «pandrogynie». Willam Burroughs et sa pensée du «cut-up» ne sont pas loin … A chaque nouveau coup de bistouri, une nouvelle frontière est franchie dans l’«editing» de l’individu.

La violence et la force des archives de concerts contrastent avec des scènes de vie quotidienne d’une candeur éperdue ; c’est cet autre dialogue-miroir, entre existence et création, qui fait la valeur du film de Marie Losier. Le regard est dénué de composante critique, il se plaît à effacer toute distance. Mais l’alliage de sauvagerie et de délicatesse inhérent au sujet dégage une poésie renversante, une ode à la volonté d’être ensemble au-delà de soi.

The Ballad of Genesis and Lady Jaye; 1 DVD Epicentre Films, 2012

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