Planningtorock et sa musique frontière; pour vous en septembre au festival de la Bâtie. DR.

L’électrochoc Planningtorock

Techno, cabaret, pop et avant-garde: l’Anglaise Janine Rostron fait dans l’androgynie des styles et le mix des genres. C’est l’une des sensations attendues à la Bâtie, ce mardi.

Archéologie d’un visage, physiologie d’une voix. Tout ce que l’on voit – un nez anguleux et prosthétique beau comme un freak; tout ce que l’on entend – un timbre passé au scalpel technologique qui tangue sans cesse entre féminin et masculin; oui tout, chez Janine Rostron aka Planningtorock, relève de la sculpture de soi et de l’expérimentation identitaire. Cette musicienne à fort coefficient électronique, partie de son Royaume- Uni natal pour migrer vers la mecque berlinoise, est à l’affiche de La Bâtie Festival, à Genève.

Paru l’an dernier sur DFA, le label de James Murphy (fondateur de LCD Soundsystem, d’ailleurs en DJ set à La Bâtie), le dernier opus de Planningtorock joue la dualité dès l’intitulé: «W». Douze titres qui flirtent avec la techno, la pop ou la musique contemporaine, au fil desquels se dessinent des nuits de cabarets artificiels, d’errances amoureuses et de partenaires «qu’on lèche à l’heure du thé». Le tout porté par un environnement visuel aux lumières brûlées, qui rappelle les premières aspirations plastiques de Janine Rostron. Derrière les floutés pixellisés, la poésie.

Plongée par paliers
C’est à Sheffield, dans une école d’art, qu’elle façonne ses premières fêlures, avant de les emporter en 2002 à Berlin où elle sort un premier EP, deux ans plus tard. «A Berlin, le rythme est lent, pas branché comme à Londres», confiait-elle aux «Inrocks» lors de la sortie de «W». «C’est une ville qui te permet d’aller dans la profondeur des choses.» La plongée, en plusieurs paliers, passe autant par une collaboration avec The Knife sur «Tomorrow, in a Year», un opéra expérimental un peu barré, que par quelques étapes de tournée partagées avec Peaches ou encore la composition d’une bande originale pour le pape du porno burlesquo-queer Bruce LaBruce, «The Bad Breast».

Les ondes visionnaire de Karlheinz Stockhausen, la simplicité du folk ou encore le rock savant d’Arthur Russel: à l’heure de défendre la sortie de «W», Janine Rostron ne craint pas le triple écart des influences. Surtout, elle dit sa volonté de développer un chant «qui n’aurait pas de genre défini, ou alors en crée un nouveau.» Evocation métaphorique d’une corporalité évolutive. Sensualité tierce, et musique frontière.

Planningtorock, mardi 11.09 à 20h au Théâtre Pitoëff – Festival de la Bâtie, Genève.

Une rentrée synthétique

En septembre, rencarts jubilatoires sans guitare.

La délicieuse Kate Wax et ses sussurements pulsés entrecroisent ceux de Planningtorock à La Bâtie Festival. Et c’est tant mieux: la jeune Suissesse d’origine tibétaine confirmait l’an dernier sur son album «Dust Collision» un art de la nostalgie minimale et métallique beau comme les neiges éternelles. Pour des plaisirs plus caloriques – savoureuse culpabilité –, tournons-nous vers le duo italien Crookers, dont les tracks soigneusement compressées voire carrément tapageuses entreprennent L’Usine de Genève (le 21): «Now push it»! Autre duo nettement plus atmosphérique, Âme fait transiter l’héritage de la techno de Détroit par quelques machines à dégraisser typiquement germaniques. Une expérimentation rythmico-hypnotique à suivre au festival Electrosanne (le 7 au D! Club). J.P.

À lire également