Détail de «Le Saint/La Sainte/Le Serpent», de David Morel, huile sur toile.

Au nom du Père, du Fils gay et du Saint-Esprit

Le Christ aurait-il pu être homo? C’est la proposition d’une expo de la Galerie C, à Neuchâtel, qui joue à fond la carte de la provocation pour mieux parler des minorités.

«Je veux que l’on puisse débattre. ‘Would the Christ Have Been Gay?’ C’est un intitulé provocateur pour aller plus loin», confie Christian Egger, directeur de la galerie C à Neuchâtel. Un peu comme si la mystique chrétienne pouvait refléter notre temps. Sommes-nous prêts, par exemple, à accepter que le baiser de Judas à Jésus puisse être fraternel mais aussi sexuel? Cette symbolique inamovible n’est-elle pas la meilleure façon de nous regarder en face, nous et nos contemporains?

Déformé à son image
«Jésus a été le plus grand des contestataires, un anticonformiste bousculant les idéologies, refusant les fanatismes et les exclusions. Devenu symbole puissant de la compassion, de l’acceptation, de la rédemption, n’est-il pas légitime que les minorités se le soient appropriés, quitte à le déformer à leur image?» C’est sur cette thématique que quatre artistes internationaux sont invités à s’exprimer jusqu’au 12 mai. Les artistes, mais pas seulement, puisque ce mois et demi d’exposition se veut aussi une plateforme de débat. Une table ronde est notamment organisée.

Plus audacieux: un travail quasi anthropologique a été mené. Appareil photo à la main, l’équipe de la Galerie C s’est promenée aux Etats-Unis, en France en Italie avec cette question: Pensez-vous que Jésus Christ aurait pu être homosexuel? «Peu de réponses négatives» pour accompagner les portraits, confirme Christain Egger. Au contraire les «Oui, pourquoi pas» et les «Il y a 10% de chances» ont fusé. Rassurant.

«Plus les réticences sont fortes, plus la démarche a de sens»
Quant à l’accueil réservé par Neuchâtel-la-puritaine a cette proposition de coup de sac dans les icônes chrétiennes? «Il y a eu quelques réactions conservatrices, des e-mails, des mots anonymes», avoue le directeur de la galerie. Mais «plus les réticences sont fortes, plus la démarche a de sens», ajoute-t-il. «Would the Christ Have Been Gay?», c’est finalement l’émanation d’une démarche toute simple où l’art ne fait pas juste s’afficher mais où il se discute, avec tous.

«Would the Christ Have Been Gay?» Galerie C; Esplanade Léopold-Robert 1, Neuchâtel. Jusqu’au 12 mai.

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