Perfume Genius se fait brosser dans le sens du poil par le hardeur Árpád Miklós.

La folk tout en caresses de Perfume Genius

Mike Hadreas chante ses fantômes intérieurs, ramenés d’une New York stupéfiée jusqu’à sa Seattle natale.

On voit la blancheur d’un garçon fragile comme un poème. On voit les bras forts d’un hercule de l’industrie XXX. Etreintes. Rouge à lèvre. Blush. Pas vraiment suggestif, plutôt une tendresse filiale, quelque chose d’une mère à l’enfant, transfigurée. Ce qu’on entend derrière les pixels? La folk délicatement ailée de Perfume Genius, alias Mike Hadreas, qui vient de tourner cette vidéo («Hood») avec le hardeur Árpád Miklós. Piano, voix d’elfe, effluves de guitare. De New York, où il a étudié, un peu, et s’est consacré, beaucoup, aux substances illicites qui font briller les yeux et mouiller le coeur, le jeune trentenaire a ramené dans sa Seattle natale une nostalgie qui tient du miracle. Il a posé ses valises dans la maison maternelle, pour se mettre à l’épreuve d’un sevrage en blouse blanche. Il s’est oublié, sur le web, parmi une guilde pédé-gouine du royaume de «World of Warcraft». Pour mieux s’extraire, de soi, des gencives qui démangent, et des phalanges qui grelottent.

Et puis Mike Hadreas a croisé les touches du vieux piano familial. Au clavier jauni, il a confié ses comptines douces-amères. Misouvenirs. Mi-songes. Mystères. Son premier album, «Learning», disait une adolescence écornée, bercée par les quêtes identitaires (la chanson-titre), et les flirts avec un professeur de lycée à l’autorité ambiguë («Mr Petersen»).

«Put your back N 2 it», second flacon sonore de Perfume Genius, déploie des frangrances à peine plus soutenues. Les embruns d’un Ouest mordoré (« Normal Song»), et quelques éclats d’orgue lunaires («Floating Spirit») soufflent sur ce disque superbe, qui étend sa solitude comme une seconde peau.

Perfume Genius, «Put your back N 2 it»

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