Big Freedia, «la princesse de la bounce»

À voile et à rappeur

Big Freedia fait dans le R’n’B travesti et flamboyant formaté pour l’arrière-train. Un style né à la Nouvelle-Orléans dans les décombres de l’ouragan Katrina. L’artiste signe une collaboration sur le nouvel album de Spank Rock.

Il y a la valse viennoise. La salsa porto-ricaine. Ou encore la tarentelle italienne. Et à la Nouvelle-Orléans? On bouge son cul. Et si possible dans tous les sens. La «Bounce Music», voilà comment ça s’appelle. Une sorte de R’n’B local formaté pour l’arrière-train, conçu pour mettre en sueur les clubs d’une des villes les plus pauvres des Etats-Unis.

Vous vous dites: encore un plaisir interdit à tout garçon digne de ce nom, sous peine d’y perdre sa crédibilité dans un ghetto afro-américain peu connu pour son ouverture aux transgressions de genre. Eh bien vous avez tort. Pour preuve? Voici Big Freedia (prononcez big friida), un autochtone néo-orléanais qui se décrit comme «the queen diva, la princesse de la bounce». Décorateur d’intérieur le jour, Big Freedia écume les bars (hétéros) le soir venu, flanquée de son fidèle DJ Rusty Lazer.

Les filles d’abord
Une histoire d’injonctions sexuello-provoc balancées sur du groove qui tape très fort, et très gras. Du gros son qui soulève les hanches des filles, invectivées par un rappeur flamboyant d’un mètre 90, crête fluo et moue pailletée, dont tout le monde parle au féminin. Et si Big Freedia ne se travestit pas en tant que tel, c’est le cas de son acolyte et mentor Katey Red, décolleté plongeant, frange tout feu tout flamme.

Pendant le show, les mecs s’écartent, laissant leurs copines (ou leurs frangines) s’ébrouer joyeusement sous les ordres de Big Freedia. «Les artistes homos ont toujours eu leur place dans la culture noire de La Nouvelle Orléans», révèle la journaliste spécialisée Alison Fensterstock à l’édition magazine du New York Times. «Il y a toujours eu ici une tradition du bizarre, du travestissement, du déguisement. L’homo moyen n’est pas mieux accepté, mais ceux qui l’assument sur scène, le sont assurément.»

Etrangement, l’expansion de la Sissy Bounce est un bienfait collatéral de Katrina. Fuyant l’ouragan, Big Freedia et sa clique à claques (sur les fesses) se produisent dans les villes voisines, Dallas, Houston, Baton Rouge. Tant et si bien qu’on retrouve leur meneuse sur l’un des titres du nouvel album de Spank Rock, emblème d’un certain hip-hop alternatif. «Oui, j’ai la capacité de fédérer les gens, noirs, blancs, gays, hétéros et j’en suis fière», clame Big Freedia en interview. Alors ne soyez pas timides. Bougez votre cul – c’est bon pour la cohésion sociale.

www.bigfreedia.com
Spank rock, «Everything is boring and everyone is a fucking liar»

(Article paru dans le magazine 360° de décembre 2011-janvier 2012)

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