Hervé Pierre-Gustave, alias HPG.

«Tout ce que je fais est extrême»

Comédien, dit «hardeur», Hervé Pierre-Gustave est aussi producteur et réalisateur. Il songe aujourd’hui à se reconvertir à travers un projet atypique, intitulé «Vivant».

De plus en plus de réalisateurs de cinéma, dit classiques, se penchent sur le porno. Dans son premier long-métrage «Je suis un autarcique» en 1977, Nanni Moretti confessait: «Seuls les films pornographiques m’intéressent.» Récemment, Lars von Trier lançait au sein de sa compagnie Zentropa un département X, à l’attention de la gent féminine insatisfaite par le style des films proposés sur le marché. La fameuse bacchanale que ce dernier met en scène avec brio dans «Les ldiots» fera date dans l’Histoire du septième art. De Cédric Klapish à Gaspar Noé, en passant par Catherine Breillat, il semblerait que la nouvelle garde du cinéma porte aux nues ce que le grand écran n’avait osé que suggérer.

Depuis son premier rôle en 1990, Hervé Pierre-Gustave enchaîne environ 350 films (plus que Alain Delon, Jean-Paul Belmondo et Gérard Depardieu réunis). En 1995, il est nominé dans la catégorie «meilleur acteur européen» aux Hots d’Or et à de nombreux autres festivals. II n’est finalement jamais primé. C’est en 1996 qu’il commence à réaliser ses propres films amateurs: des tournages sauvages dans des endroits publics. 1997 est pour lui une année noire puisqu’à l’instar de Michael Jackson, il est brûlé par un projecteur, lors d’un tournage, mais à un endroit plus délicat… II sera aussi contraint de se faire circoncire suite à une réaction causée par une crème. Immédiatement après l’intervention, ses points de suture craquent sous la pression d’une érection.

II reste néanmoins déterminé et tourne la même année dans «La Chambre», court-métrage de Cédric Klapish, réalisé dans le cadre de «3000 scénarios pour un virus». Aussitôt, il produit et réalise son premier court-métrage: «Acteur X pour vous servir», dans lequel il joue son propre rôle et invite ses amis à réfléchir sur le rapport entre l’amour et sa condition de hardeur. II y avoue avec une certaine naïveté n’avoir jamais été vraiment amoureux. Envoyé à toutes les chaînes de TV françaises et nombre de réalisateurs classiques, ce film lui vaudra une épitaphe retournée par Claude Lelouch: «Sans mes compliments…» Mais aussi des invitations à différents castings pour Jean-Luc Godard et pour «Romance» de Catherine Breillat. II y tourne aux côtés de Rocco Siffredi et d’autres acteurs X. Ce film fait partie de ses meilleurs souvenirs: «Dans la scène, il fallait sauter des culs qui dépassaient d’un mur, ce n’était pas très dur. Par habitude, on baisait dans des angles d’action propres au cinéma porno qui permettent de bien voir la pénétration. Catherine Breillat nous disait: «Soyez donc naturels les gars, arrêtez de faire un concours de longueur!» Elle a aussi découvert le fonctionnement des hardeurs, obligés de se branler ou de baiser constamment pendant et en dehors des prises. Difficile de se contenir une fois le fauve lâché…»

Mu par l’ambition de s’affranchir du cinéma X, «VIVANT!» est un projet de film introspectif avec une large part d’autodérision dans lequel il place l’énergie sexuelle comme bouc émissaire, l’impudeur venant à la rescousse de son identité. «Chaque jour de l’année 1998, je me suis astreint à filmer ce qu’on ne montre habituellement pas: les coulisses de mon activité et quelques moments de ma vie privée. Mon intention est de mettre une sélection de ces rushes à la disposition de plusieurs personnes. Des gens d’image dont j’apprécie le travail, qui d’une manière ou d’une autre, se sont intéressés au sexe sans pour autant travailler dans le porno. J’attends d’eux qu’ils donnent à ces rushes leur interprétation par un montage court. Pas de directives formelles… une totale liberté. Ce sera leur propre vision de mon travail, des images brutes, tournées sur le vif, en format DV. L’addition de ces différents courts-métrages constituera le projet «VIVANT!». Les rushes sont composés de castings de celles qui passent à la trappe, mais aussi d’images de ma vie privée et d’autres, tournées en coulisses. J’ai mené cette expérience sans aucune complaisance. Ni pour celles et ceux que j’ai filmés, ni pour moi-même. Ce sont des moments vrais, libres, souvent drôles, parfois intenses… des petites parcelles de mon univers. Attention! II ne s’agit surtout pas d’une recherche et encore moins d’une étude. Pas même d’un bilan, mais plutôt d’un témoignage instinctif et énergique.»

Chaque jour de l’année 1998, tu as filmé des images de ta vie privée. Comment t’est venue cette idée?
Je tiens un carnet dans lequel je note une appréciation de chacune des filles que j’ai baisées, sans exception. A partir du moment où c’est devenu mon métier, j’ai commencé à les filmer et j’ai donc conservé les images. Ce carnet m’aide aujourd’hui à garder la distance et la discipline nécessaires à l’exercice de ce métier.

Serait-il possible d’en avoir un extrait?
Je ne suis pas toujours très fier de celles qui y figurent mais si tu veux… 690e, 691e, 692e, 693e et 694e: hongroises, brunes, blondes, une avec anal. Je les adore, elles sont belles, jeunes (trop froides), leurs mains, leurs pieds… tout est beau. C’est ma drogue.
700e: Pendant qu’elle me disait: «Jamais quand mon mari n’est pas là!», je lui enfonçais le gland dans le minou. Pénétration de 3 cm voire 4, durée 20 secondes environ. Je suis désolé, ça compte… Brune, 40 ans, un œil de verre, seins qui tombent, mince et baisable. II faut parfois beaucoup de courage, de renoncement, d’aveuglement et un grand amour pour l’humanité. Mais si elles sont trop laides ou non consentantes, je renonce. J’aimerais toutefois arriver à la 1000ème en l’an 2000, si jamais des lectrices sont intéressées…

En mettant en images une bonne partie de ta vie quotidienne, y aurait-il une volonté de la sublimer, pour faire de cette réalité une espèce de mirage onirique?
Je ne pense pas car les images sont particulièrement crues et sans aucune condescendance. Tout ce que j’ai fait est assez extrême. On m’a souvent dit qu’il y a dans mon travail un esprit proche de Georges Bataille, mais c’est involontaire, je ne me prends pas la tête avec ce genre de trucs.

Quel est donc le but de ce projet?
Son but est de dépasser la confidentialité du X, de montrer mon univers à un maximum de gens et d’avoir plus d’argent pour réaliser d’autres films. Et si cela me permet de rencontrer les bombes sexuelles qu’on ne trouve plus depuis longtemps dans le X français, ce sera déjà pas mal.

Est-ce que ce film te met en danger vis-à-vis de la profession?
Cela va fermer des portes mais une seule bonne ouverture suffit. Dans ce milieu, on s’oblige à penser qu’on en fait partie par manque de talent, le vrai danger est de ne pas savoir sortir de ce ghetto.

Comment se démarque-t-il du film à simple caractère pornographique?
Dans mon film, le seul lien entre les images est l’énergie. L’énergie sexuelle. C’est une description sans concession d’un univers particulier, comme celle de Bruce LaBruce dans «Hustler White» qui met en scène le milieu gay de Los Angeles.

Par rapport au marché cinématographique, où se situe ton projet?
Je pense qu’il correspond à une attente du public et du milieu professionnel. La plupart des réalisateurs semble aimer aborder le sujet, c’est un peu dans l’air du temps.

Quel en est le devenir?
Michel Reilhac, directeur de la vidéothèque de Paris, s’est déjà engagé sur le projet. Je suis par ailleurs en pourparlers avec différentes maisons de production que je ne peux pas citer pour le moment.

Comment te projettes-tu dans l’avenir?
Vingt centimètres par vingt centimètres…

Dans «Les Particules élémentaires», Michel Houellbecq décrit la sexualité comme «une fonction inutile, dangereuse et régressive»…
Je lui proposerais de le sodomiser afin qu’il puisse ajouter indolore!

Propos recueillis par Yann Berne

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