L'humeur de Robin Corminboeuf

De l’art du coming out

Dans ses chroniques ou en tant que responsable d’édition pour 360°, Robin Corminboeuf aime poser un regard de biais sur la société qui l’entoure, pour mieux la questionner.

C’est un livre prêté à une amie, comme un aveu; elle me le rend et sourit, bienveillante. S’ensuit un torrent de paroles qui disent ce que je pensais être indicible. L’art de la première fois.

Ensuite, variation de mots sur le même thème. Certaines ont convoqué la peur et l’angoisse du rejet, et d’autres ont été heureuses, complices, attendues et reçues comme ce qu’elles sont: la preuve d’une confiance sans égale. A chaque occurrence, l’art subtil de trouver les mots justes.

Il y aura aussi les échanges à son sujet, notamment avec cette amie d’une autre génération qui raconte, dans une puissante émotion, le coming out fait à sa mère nonagénaire. Il y a, à la suite de son récit, la question: «Et pour toi, avec tes parents, ça s’est passé comment?», et la compréhension qui en découle, cette complicité avec l’autre et avec ses peurs dans ces moments où se joue une forme de vérité sur soi qu’il faudrait dire. L’art de se mettre en danger peut-être.

Et il y a aussi celles et ceux pour qui ce n’est pas un art, pour qui il n’y a derrière cette partie d’eux·elles-mêmes aucune vérité à dire, aucune performance à donner, aucun jeu à jouer. Bien qu’ému par la possibilité de se rencontrer à travers ce récit commun fondateur de tant de vies queers, c’est surtout une admiration folle qui m’envahit devant les personnes pour qui, telle une évidence, la certitude d’être exactement ce qu’ils et elles sont ne nécessite aucune mise en mots, aucune explication. L’art d’être soi certainement.

 

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6 mai 2022   Thèmes: Étiquettes :

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