L'humeur de Léon Salin

Les boys clubs


Ça y est, j’y ai enfin accès. Après avoir pris de la testostérone pendant deux ans, je ressemble enfin à un mec. Je passe tous les tests d’identification de genre, sans aucune hésitation de la part d’inconnnu·e·x·s. J’ai toujours été un homme mais je n’y ai pas toujours ressemblé. Depuis que je corresponds à ce que les gens qualifient comme un homme, je vis dans un autre monde, un monde fait pour moi.

Je me balade dans la rue, je croise un mec sur un trottoir étroit et à ma plus grande surprise, il s’écarte pour me laisser passer. C’est limite s’il ne me serre pas la main. Alors qu’avant c’était «écarte-toi ma belle, je passe». Je vais acheter une bière un peu tard dans un kiosque, le vendeur me lance deux trois vannes et me demande si je vais passer une bonne nuit, wink wink. Alors qu’avant, c’était «il est un peu tard pour être toute seule dehors». Je me balade avec ma copine à mon bras, des gars me félicitent de mon accomplissement et s’adressent uniquement à moi. Elle n’est qu’un bel accessoire pour accompagner ma masculinité dominante; un accessoire que j’ai été.

J’ai accès à tellement de sphères qui m’étaient auparavant refusées. Mon père me parle d’argent, mes potes mec me présentent à d’autres potes mec. Je suis même invité aux soirées pizza/jeux vidéo.

Mais il n’y a pas que les passant·e·x·s qui me créent une nouvelle vie, il y a aussi mes proches. Je suis un homme maintenant, alors j’ai accès à tellement de sphères qui m’étaient auparavant refusées. Mon père me parle d’argent, mes potes mec me présentent à d’autres potes mec. Je suis même invité aux soirées pizza/jeux vidéo. Toute ma jeunesse je n’ai rêvé que d’une chose: pouvoir aller faire des aprems gaming avec mes potes. «Non mais on fait un truc entre mecs là», «non mais tu ne sais pas jouer», «non mais j’ai que des jeux de guerre». Mais sur quoi se basaient-ils pour m’exclure de ces espaces? Le fait que j’ai une vulve définit ma capacité à cliquer sur des boutons? Je ne crois pas.

Cette année, je me suis acheté une console, et j’y ai joué. L’euphorie de genre s’est emparée de moi et je me suis senti validé, à ma place, mec. Ça y est, j’étais un espion dans les boys club. Infiltré mais intégré, je découvre ce nouvel univers non-mixte; l’unique non-mixité acceptée par la société.

Léon est un activiste transgenre. Il tient le compte Instagram @salinleon dans lequel il lutte pour plus de représentations positives des personnes transgenres.

1 comments

Bon chemin c’est bien MAIS…. un peu lamentable cette phrase « Je me balade avec ma copine à mon bras, des gars me félicitent de mon accomplissement et s’adressent uniquement à moi. Elle n’est qu’un bel accessoire pour accompagner ma masculinité dominante; un accessoire que j’ai été. » encore un petit bout de chemin à faire !!!

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