Fragrances

Tiraillements

Greta Gratos Fragrances

De nature radicale et peu à même d’apprécier la nature humaine, il m’a fallu apprendre, travailler sans relâche au corps mes résistances. Tiraillements.

Pour apaiser ma sauvagerie et contrer mon autisme, il m’a fallu et il me faut encore lutter pour m’ouvrir comme une huître qu’on force et qui refuse de dévoiler la perle qu’elle protège en son sein. De l’effort toujours et encore pour quitter la quiétude de mon ermitage, le calme de ma réclusion volontaire. Longtemps, depuis ma tour d’ivoire, j’ai observé la communauté humaine sans rien comprendre de ses agitations et fonctionnements. Tout ne suscitait en moi qu’appréhension, n’évoquait que danger. Peu à peu, timidement, je suis sortie de ma citadelle, me suis approchée de cette zone humaine. Sur mes gardes, à l’instar d’une louve solitaire, j’ai rôdé en sa périphérie, toujours prête à fuir au moindre mouvement brusque. En mon esprit, pour ne pas m’exiler, s’est inscrit comme une litanie: reste, encore un peu, malgré ce désir de fuir, reste, encore un peu. Je n’en comprenais pas le sens mais elle me rassurait, m’encourageait. À force de patience, certain·e·x·s sont parvenu·e·x·s à m’apprivoiser. En leur compagnie, moi la silencieuse, j’ai pu me dévoiler, sans appréhension ni crainte. Mais rien de tout cela n’est inné en moi et l’acquisition reste fragile. Pour que tout fonde comme neige au soleil, il suffirait de peu. Et de ce peu, notre époque est fertile. En ces temps de distance imposée où tout ne semble qu’opposition, où je vois les duels se multiplier comme pour régner en maîtres, les voix de mon autisme se font réentendre et au mât de mon navire, comme Ulysse afin de ne pas céder à leur chant de sirènes qui m’exhorte à les suivre dans les abysses, je m’attache fermement. En moi alors le tiraillement opère entre dire et me taire. En moi, cette impression tenace que tout reste à refaire.

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