Fragrances

Vieillir

Greta Gratos Fragrances

Je ne veux travestir ce qui en moi s’est écrit, s’écrira encore et, si j’aime ornementer ma nature iconique, je ne veux rien figer de ce qui appartient au passé. Vieillir.

La lassitude a marqué mes traits, creusant des sillons dans cette terre en labour comme un ruisseau qui serpente, l’érodant pour y faire son lit. La tristesse a affaissé mes joues, délavé mes iris, les rendant de plus en plus changeants au gré de mes humeurs. Mais la joie et l’amour ont orné mon regard de brillances nouvelles. On dit que les oreilles et le nez continuent de grandir; petite, je rêvais d’oreilles grandes, décollées et chaque nuit je les scotchais en pensant qu’elles épouseraient la forme de mes désirs. Il suffisait d’être patiente et laisser faire le temps: elles commencent à ressembler à celles que je souhaitais. Quant à mon nez, il dessine mieux encore mon profil aquilin. Dira-t-on de lui un jour que s’il eût été plus court, à l’instar de celui de Cléopâtre, la face du Monde en aurait été irrémédiablement changée? Je ne sais, mais il me plaît plus de jour en jour. Mes mains s’affutent; elles finiront par ressembler à des pattes d’oiseau comme celles, infiniment gracieuses et belles, des très vieilles femmes. Des taches, dites de vieillesse, les ornent, leur donnent des allures dalmatiennes; un peu partout, elles se disséminent et dessinent en pointillé sur ma peau comme un parcours d’indices. Ma gorge a perdu de sa fermeté mais sa nouvelle souplesse lui a fait gagner en pigeonnance. La peau de mon cou s’est distendue et c’est peut-être là ma plus grande coquetterie, que je garde secrète dans l’écrin de mes cols brodés. Parfois la douleur engendrée par la nuit, l’humidité, les changements de temps et de saison, se fait impérieusement sentir au lever du jour. Mais pour rien au monde je ne veux de retour.

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