Édito

Haut les masques

Alexandre Lanz. Photo ©Ricardo Caldas
Alexandre Lanz. Photo ©Ricardo Caldas

L’édito du numéro d’Avril 2022

Par

Rédacteur en chef

Son caractère unique, le masque le forge dans son statut d’accessoire sublimateur de tout ce que l’on veut cacher. Sa réputation sulfureuse alimente les imaginaires les plus fantasques, des scénarios les plus coquins aux plus extrêmes. Comme un jeu d’enfant, le porter s’apparente à se couvrir les yeux pour se persuader de ne pas être vu·e·x. Ou en d’autres circonstances reconnu·e·x. Le visage couvert ou partiellement dissimulé de qui porte un masque ouvre une multitude de terrains de jeux insoupçonnés. À son propre rythme, prendre le temps de lorgner par le trou de la serrure en toute discrétion. Car comme on le sait, s’enquérir de ce qui se passe derrière les portes n’est pas un acte moins transgressif que de porter un masque.

Aux sources de l’imaginaire érotique

Plus qu’aucun autre, cet accessoire intergénérationnel nourrit de manière transversale l’imaginaire depuis la plus tendre enfance où se cristallisent les rêves les plus fous, à l’âge adulte, où se réalisent parfois les fantasmes les plus brûlants. Quelle différence entre un innocent masque de carnaval de petit ourson pour enfant et le puppy tenu en laisse par Violet Chachki lors du show automne-hiver 2022-2023 de Richard Quinn pendant la Fashion Week de Londres? La réponse est aussi simple que l’expression, «same, same but different».

Si l’esthétique puppy-play ne laisse que peu de place à l’imagination, c’est certainement dans l’esthétique du masque enfantin qu’il faut remonter pour découvrir l’origine de nombreuses fantaisies érotiques de l’âge du consentement. De tout temps, alliée chic et glamour du cross-dressing, du costume de scène ou de carnaval, la mode aime flirter avec les codes des sexualités pour s’imprégner de leur caractère hérético-érotique. C’est par le détour de ses études aux Beaux-Arts à Madrid que l’artiste Albino Hector a découvert la scène fétichiste, précisément le fétichisme lié aux sneakers et vêtements de sport dans un contexte homoérotique. Depuis, l’artiste de 28 ans détourne les modèles de Nike et Adidas de leur fonction première pour en créer des masques puissamment sexy dignes de super-héros des nuits interlopes de la capitale d’Espagne. Sans détour et avec une grande sincérité, il nous explique la genèse de sa passion dans le numéro d’avril 2022 de 360°.

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2 avril 2022   Thèmes: Étiquettes : ,