L'humeur de Christine Gonzalez

Mets-la moi dans l’QI

Par

Animatrice de Question Q sur RTS-La Première

Tu es plus Fabrice Luchini que Harry Styles, tu es plus Simone de Beauvoir que Kim Kardashian? Tu es plus Sean que connerie et le cerveau de l’autre est érogène? Bon. Tu es peut-être sapio. Sapiosexuel·le: «sapio», du latin sapiens (sage, intelligent) et «sexuel» (ça, on sait).

C’est classe de dire ça en soirée, «je suis sapio». Et au lit, on se caresse les neurones dans le sens des synapses et v’là que ça titille la zone G des un·e·x·s et le point P des autres. Ok, je caricature. Les sapios baisent aussi juste pour baiser et il ne s’agit pas de distribuer le corps aux animaux et l’esprit aux pur·e·x·s.

J’ai eu tort: il ne faudrait pas parler de cul mais de ce qui déclenche le désir. De l’éloquence, de la vivacité, une réflexion bien menée, une joute verbale, une connivence intellectuelle et v’là que le désir s’allume, narcissisé par l’opération séduction entreprise par cet être si malin, qui me choisit moi, moi et remoi.

S’il est si valorisant d’être sapiosexuel·le·x (ou d’en être sa proie), c’est que nous vivons dans une société qui a longtemps classé l’intelligence comme une valeur supérieure aux autres. Je pense donc je suis (mieux que toi). Ajoutons à cela une culture judéo-chrétienne qui place l’esprit au-dessus du corps. L’esprit est fort, faible est la chair.

Et soyons honnêtes, si les sapios crispent tant, c’est que 1. on se sent débile de ne pas l’être. Ou 2. on se sent débile de ne pas en avoir croisé plus que ça dans son lit. D’ailleurs j’ai demandé à mon amoureuse si elle était sapiosexuelle. Elle m’a répondu «non». Depuis mon ego et moi sommes anéantis.

Photo: RTS/Philippe Christin

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