Le repas est terminé, bien arrosé. Il reste du vin, on est bien. Soudain, quelqu’un lance «j’adore ce clip!», la valse de YouTube est lancée. Tour à tour, chacun dégaine son hit comme de l’artillerie lourde et s'attèle à déterrer la pépite vintage dont les images racontent leur époque.

Le brushing de Noël 

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Rédacteur en chef

1984, ce n’est pas seulement le roman dystopique de George Orwell. C’est également une année qui compte pour la pop et l’industrie de la coiffure réunies. Jamais les brushings des popstars qui caracolaient en tête des hit-parades n’avaient atteint de tels sommets capillaires. Les bombes de laque Elnett diffusant le spray fixant à l’aérosol s’en souviennent encore. Nous étions loin de nous soucier du trou dans la couche d’ozone en Antarctique et de la fin du monde, mais les stars de l’époque se réunissaient pour lutter contre la faim dans le monde. La preuve en clip avec le classique Do They Know It’s Christmas?, meilleure vente de single cette année-là en Grande-Bretagne, et record de ventes absolu jusqu’à la sortie détenu jusqu’à la sortie de Candle In The Wind d’Elton John en hommage à la princesse Diana en 1997. 

Soupe pop et carillons
À l’initiative de Bob Geldof, chanteur raté reconverti en meneur de troupe humanitaire et de son pote Midge Ure, le Band Aid réunissait la crème des stars du showbiz d’alors. Comme il n’y a pas de sapin sans étoile pour coiffer sa cime à Noël, Band Aid se chargeait de la mission du hit n°1 de fin d’année, véritable institution dans le pays. Les recettes de la soupe pop dégoulinante de bonne conscience allaient servir à récolter des fonds pour lutter contre la famine en Éthiopie. À l’arrivée, les 3,8 millions exemplaires vendus au Royaume-Uni et 12 millions dans le monde ont quand même permis de rassembler plus de 28 millions de dollars. Pas négligeable.

Dans le clip qui recrée l’ambiance d’un studio d’enregistrement, Boy George, George Michael, Bono, les boys de Duran Duran, les girls de Bananarama, Sting, Phil Collins à la batterie et d’autres entonnent en chœur le refrain retentissant de carillons autour de Bob Geldof. Malgré les casques, les brushings tiennent la hauteur, on est rassuré. Pour la petite histoire qui ne passerait plus du tout de nos jours, Boy George s’était planté dans son agenda et se trouvait à New York le jour de l’enregistrement. Sorti du lit par un coup de fil incendiaire de Bob Geldof, la diva de Culture Club avait sauté dans le premier Concorde pour s’envoler à Londres et poser sa voix sur l’hymne de Noël. 

Charité au top des charts
Fort de son succès, Geldof remet le couvert quelques mois plus tard avec USA For Africa. Brillant de mille feux, Michael Jackson orchestre le regroupement des superstars américaines sur We Are The World en mars 1985. Un carton planétaire. Aujourd’hui, le passage strident de Cyndi Lauper demeure un highlight de karaoké. Moins doués en la matière, les Français tentaient eux aussi la charité pour l’Éthiopie sous la houlette de Renaud avec une chanson vite oubliée.

Quelques décennies plus tard, Bob Geldof a visiblement perdu l’esprit de Noël. En 2010, il déclarait: «Je suis responsable de deux des pires chansons de l’histoire, Do They Know It’s Christmas? et We Are The World. Chaque putain de Noël, je me retrouve au comptoir des viandes dans un supermarché où elles sont diffusées.»

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21 déc. 2021   Thèmes: Étiquettes :

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