Chroniques

En quête de virilité


À 14 ans, je cherchais la virilité pure et dure. Comment prouver que je suis un homme, un vrai, quand tout le monde voit une femme en me regardant?

La solution à mon problème m’a parue simple: embrasser la masculinité représentée. C’est ce que j’ai fait. J’ai commencé par adorer les voitures télécommandées, puis le foot. Ensuite la musique rock, les motos et les bagarres. Mais il ne fallait pas seulement les aimer, il fallait que les autres sachent que je les aime. Je me suis ensuite tourné vers la conquête des femmes, il m’était indispensable d’être le plus Don Juan des Don Juan, plus que tous les autres hommes autour de moi. Faire tomber les filles, quelle meilleure preuve de virilité?

J’en ai fini par annoncer à mon père que je voulais faire l’armée car la virilité et l’armée partagent un mariage sans perspective de divorce.

Construire sa masculinité sur la représentation de celle-ci dans notre société fonctionne comme un miroir de ses tourments. La masculinité représentée est basée sur un fonctionnement binaire et sexiste des genres, en posant l’homme comme ultra viril, fort, peu respectueux des femmes et regorgeant de pouvoir.

Cette quête de virilité était comme un vase qui allait déborder. Plus je réalisais que les Autres ne me percevaient pas comme un homme, plus le vase se remplissait. J’avais l’impression qu’il ne serait jamais plein, qu’il n’allait jamais se renverser pour me libérer.

Enfin, la goutte dorée arriva, amorçant un tournant dans mon bras de fer avec la virilité. J’ai compris qu’il fallait que les autres me perçoivent comme un homme, et que c’était possible grâce à la testostérone. Je me suis rué dessus, le plus possible, le plus vite possible.

Alors, mon apparence coïncide enfin avec mon imagination de moi-même: un mec. Maintenant, les autres voient un homme. Alors le vase devrait être éclaté au sol, non? Il se trouve que c’est moi qui suis dans un mariage sans perspective de divorce; avec ma quête de virilité.

À lire également