Chroniques

Un monstre qui s’aime


Être transgenre c’est aussi agréable parfois. Oui, je sais, vous ne me croyez pas, mais je vous l’assure. J’en ai marre de la vision péjorative omniprésente des personnes trans*.

Ma transidentité m’a offert un cadeau très précieux: l’amour pour mon corps. Tout le monde me répétait sans cesse que je n’allais jamais l’aimer, que j’étais un monstre, anormal, décalé et que ma différence me rendrait profondément malheureux. Mais c’est précisément cette différence qui m’a permis d’apprécier certains angles de mon corps.

Deux ans sous testostérone, trois ans de fitness sans relâche et voilà. J’ai appris à apprécier les évolutions, même petites, qui font leur apparition au fil du temps. Je passe des heures à observer la lente pousse de ma petite barbe, la définition de plus en plus nette de ma mâchoire, la formation rapide de mes muscles et la répartition de ma graisse. Je flex mes pecs devant le miroir et c’est comme si je prenais un shot de dopamine. Ma voix grave retentit dans mon torse comme je l’ai toujours voulu. Je vois des photos de moi datant de quelques mois et je vois l’évolution, je la ressens et je l’accueille avec un sentiment de plénitude. C’est ça l’euphorie de genre, le bonheur créé par un reflet qui me ressemble enfin. Mais ces moments d’euphorie sont également provoqués par les Autres. Je vais dans un bar et la serveuse me dit Monsieur. Bam, dopamine. Je réponds au téléphone et on me dit Monsieur. Bam, dopamine. Je me fais draguer par une meuf hétéra. Bam, dopamine. Mon père me présente comme son fils. Bam, dopamine.

Ma transidentité m’a enseigné le bonheur dans les choses simples. Il me suffit d’avoir besoin de pisser et de rencontrer l’opportunité de m’accouder de façon virile contre le mur du petit pissoir sale des toilettes des mecs, de respirer fort et d’y uriner lentement, nonchalamment, pour me sentir accompli. Le rêve, n’est-ce pas?

Léon est un activiste transgenre. Il tient le compte Instagram @salinleon dans lequel il lutte pour plus de représentations positives des personnes transgenres.

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