Chroniques

J’ai transitionné d’homo à hétéro


Dès l’adolescence, je prenais la rue comme une zone de guerre. Je m’affichai en tant qu’homosexuel dans les rues de Lausanne. À deux, nous osions afficher notre identité et affirmer notre fierté. Il fallait avoir les épaules solides. Je gardais la tête haute car mon champ de bataille ne se cantonnait pas uniquement à la rue; il trans-gressait ces frontières en béton pour arriver dans mes sphères privées. Là aussi, soldat servant la cause queer, je me battais contre mes proches pour leur affirmer qu’être homosexuel n’était pas un choix de vie douteux, mais bien une identité légitime.

Le conflit durait, personne ne daignait baisser les bras. Un jour, je vis la lumière au bout du tunnel; être homo ça devenait cool. Enfin, j’allais pouvoir prendre ma retraite. Or, il se trouve que ce n’était qu’un cessez-le-feu. Tout de suite, une balle m’atteint droit au cœur en m’annonçant que je n’étais pas homosexuel, mais transgenre. Ça y est, le combat reprend encore plus intensément qu’auparavant. Je me retrouve sur un front déserté de soldats, seul contre une arme redoutable: la transphobie. Arraché de mon identité homo, je perds tout repère dans ces nouvelles tranchées. Je m’efforce à oublier cette balle qui a percé mon cœur. Alors débute l’hémorragie. Je choisis un nouveau prénom à consonance masculine et je me lance sur le champ de bataille. Je fais à peine deux pas quand une bombe explose, l’acouphène perce mes oreilles.

Ainsi, à genoux et en sang, je réalise que j’ai le droit de changer mon apparence, de prendre de la testostérone et d’exiger qu’on me genre au masculin. Je me relève plus fort que jamais; l’ennemi se retrouve ébloui par ma force grandissante. Je réalise enfin que je dispose de l’arme décisive du conflit: la conviction que mon identité transgenre a le droit d’exister.

Léon est un activiste transgenre. Il tient le compte Instagram @salinleon dans lequel il lutte pour plus de représentations positives des personnes transgenres.

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