Chroniques

Quand la Tour-de-Peilz se frottait à Manhattan

Patrick Juvet
Patrick Juvet en 1977. Capture RTS

Patrick Juvet, éternel minet de la Riviera vaudoise, s’est éteint à 70 ans. Salut à un improbable et flamboyant parrain de la communauté LGBTQ+ romande.

SMS et WhatsApp crépitaient en cette fin d’après-midi de 1er avril. «C’est un poisson?» Non, malheureusement. Patrick Juvet est mort, chez lui à Barcelone. Le compositeur et interprète suisse aura été une étoile filante de la variété française mâtinée schlager (La Musica, Rappelle-toi minette), puis une éphémère star du disco, statut dont il ne se remettra jamais vraiment.

Tout de même, comment oublier ce fulgurant Où sont les femmes? «Elles portent un blouson noir / fument le cigare / font parfois un enfant / par hasard» chanté par ce garçon au timbre strident annonçait au moins quatre ou cinq décennies de trouble dans le genre pour les derniers baby-boomers. Et puis, il y a eu I Love America, son tube international mitonné à la sauce Village People. Le Vaudois était au sommet du Hit-parade des clubs qui grésillait le soir sur RTL grandes-ondes. Un mec de chez nous! La Tour-de-Peilz se frottait à Manhattan, on n’était pas peu fiers.

La suite a été plus rude pour Patrick Juvet. On l’a suivi de loin en loin, d’apparitions sur des plateaux télés improbables jusqu’aux tournées Âge tendre et têtes de bois, en passant par des podiums dans des foires de province. Les signes d’une vraie galère artistique et personnelle.

Trop tôt
Il aurait pu trouver refuge dans un statut d’icône gay, celui qui se disait «bisexuel» avec désinvolture dès les années 70, en pleine vague glam rock. On ne parlait pas de coming-out à l’époque, ni de revendications: on s’était habitué au fait qu’il soit comme ça, avec ses falsetti et ses longs cheveux blonds. Trop vieux déjà pour les jeunes gays des années 80 et 90.

Je me souviens de cette soirée Jungle de 1994 qui l’avait invité pour un showcase sur la scène du MAD à Lausanne: le public gay qui gloussait en évoquant ses addictions, les acclamations un peu trop nourries pour être sincères. C’est sûr, Patrick Juvet n’était ni un pionnier, ni un porte-drapeau, ni un role model. Peut-être un parrain, talentueux mais un peu cramé, avec qui on aurait fait un joli bout de chemin.

Article corrigé avec la date exacte de la soirée Jungle, 1994 et non 2001.

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