Chroniques

Deux cents fois merci


Cher 360°, je voulais te souhaiter un joyeux anniversaire à l’occasion de la parution de ton 200e numéro. C’est la 200e fois aujourd’hui que tu propages ton verbe et ta bienveillance à travers la Suisse, toi, le seul magazine francophone qui a su se mettre au service de notre diversité et représenter les intérêts de nos différentes communautés. Par ton engagement et ton positionnement, tu as su transcender les frontières qui nous cloisonnaient, réunir dans un même média les personnes homosexuelles, lesbiennes, bisexuelles, trans*, queer et toutes celles qui ne se reconnaissent pas dans les codes de l’hétéro-cis-normativité, y compris certaines personnes cisgenres hétérosexuelles! Tu joues un rôle primordial dans le paysage médiatique helvétique, et ce rôle est non seulement pionnier, mais il est aussi vital qu’indispensable. Nos communautés ont besoin de modèles à qui s’identifier et ceci exige une certaine visibilité. Nous avons besoin de savoir que nous existons, et c’est la raison même de ton existence. Tu mets des mots et des images sur nos réalités, encore trop souvent frappées du sceau de la discrimination dans nos sociétés qui, paradoxalement, se revendiquent filles de la démocratie, de la liberté et du principe de l’auto-détermination.

C’est la raison pour laquelle je souhaite te rendre hommage dans cette chronique, dont le ton diffère de celui que j’adopte habituellement. Je me souviendrai toute ma vie de nos premières rencontres. Cela faisait à peine trois mois que j’avais commencé les hormones, et en ce temps-là, j’étais stagiaire dans un des lieux où tu étais distribué. Chaque mois, je te découvrais et te dévorais avec assiduité, les pages défilaient et tu me donnais à vivre la scène LGBTQI+ helvétique tout en thématisant sur des problématiques qui allaient au-delà de nos frontières. Tu me donnais de la force à un moment où j’en avais besoin, et j’étais tellement heureuse de savoir qu’un média comme toi existe et fasse resplendir cette scène si belle aux sensibilités multiples.

Je ne te dis pas quelle ne fut pas ma joie lorsque, un an et demi après nos premiers amours, je te rencontrais enfin en la personne d’Alexandre Lanz, un de tes fidèles rédacteurs! J’étais alors en charge du relationnel presse d’une institution muséale lausannoise et Alexandre venait réaliser un sujet sur notre nouvelle exposition. Il rencontrait ce jour-là notre conservateur en chef, Marc Donnadieu, et si vous connaissiez le personnage, vous seriez probablement d’accord avec moi pour dire qu’il s’agit d’une icône gay autant qu’un modèle pour nos communautés (des becs à toi Marc qui je l’espère liras cette chronique). Après une interview aussi marquante que stimulante, j’ai partagé un café avec Alexandre, et à ce moment-là, je ne savais pas encore qu’il deviendra plus tard mon mentor et ami. Nous étions en train de discuter sexualités et identités de genre, lorsque soudain, il me demanda: «Qu’est-ce que tu réponds aux personnes qui te demandent ce que cela fait d’être née dans le mauvais corps?», ce à quoi je répondis, après quelques élucubrations dont tu me connais la rigueur: «Alors ça tombe bien, car en fait je suis née dans le bon corps!» Je me souviendrai toute ma vie de cet instant. Alexandre leva les yeux vers moi et, l’air sérieux, me dit: «Tu ne voudrais pas écrire dans 360°? Ton point de vue est tellement intéressant qu’il mérite d’être entendu.»

Quoi? Moi? La petite meuf trans de Loz, à qui on propose d’écrire dans les colonnes 360°? La suite de l’histoire, tu la connais: me voici désormais membre de ta team rédactionnelle, et tu n’imagines pas ô combien c’est un honneur pour moi de faire partie de ce mouvement que tu portes. Et j’espère sincèrement que mes contributions puissent avoir du sens dans ce monde qui parfois en manque, et qu’un jour, elles puissent se révéler utiles comme toi tu as su m’être utile. Joyeux 200e à toi, cher 360°, et je t’en souhaite plus que le double!

Lana Cueto. Photo: Pauline Humbert