Photo: Dora Zazavatski

Être hétéro dans un festival de film queer

Everybody’s Perfect, qui bat son plein en ce moment à Genève, est tout sauf un ghetto culturel. Petite visite à la sixième édition de l’événement LGBTIQ+.

Des couleurs imposantes et des marques d’affections qui le sont davantage. La communauté LGBTIQ+ sait célébrer, le festival de film Everybody’s Perfect en est la preuve. Jusqu’au 20 octobre, projections, tables-rondes et soirées s’enchaînent. La manifestation souffle sa sixième bougie, et la communauté queer genevoise répond présente. Des personnes hétérosexuelles sont là aussi. Quelques questions et considérations s’imposent, dans un festival qui ne leur est pas dédié.

1. Comprendre le vrai sens du festival
«Everybody’s Perfect n’est pas né d’une envie de s’amuser uniquement, explique Sylvie Cachin, directrice du festival. L’événement est lié à une longue histoire de lutte sociale qui ne peut pas être ignorée, surtout par les personnes hétérosexuelles. Tout le monde est concerné par les questions LGBTIQ+».

Au mois de juin, Genève accueillait déjà sa quatrième Pride, une marche des fiertés qui a lieu chaque année dans plusieurs grandes villes du monde. Ces marches ont été créées à la suite des émeutes de Stonewall aux États-Unis en 1969, pour donner une visibilité aux personnes homosexuelles, bisexuelles, queer, transgenres et plus; et lutter contre la stigmatisation.

«Comme pour la Gay Pride, le rôle d’hétérosexuelle est délicat à endosser dans un festival queer, souligne une bénévole lors de la soirée d’ouverture. Il est essentiel de comprendre que l’activisme et la lutte font partie intégrante de ce genre de manifestations, et que la stigmatisation vient principalement des personnes non-LGBTIQ+ ».

2. Reconnaître son privilège
Les membres de la communauté LGBT font face à des violences et à de propos LGBT-phobes grandissants. «Beaucoup de personnes hétérosexuelles n’ont jamais eu à s’inquiéter pour leur sécurité en tenant la main de leur partenaire en public, explique Zak Ostmane, victime d’une agression homophobe en 2017. C’est un privilège dont il faut être conscient lorsque l’on est hétéro.»

Ne pas faire partie de la communauté LGBTIQ+ et prendre part à la manifestation de manière respectueuse implique donc, comme l’affirme Zak, «de prendre conscience de cela et ne pas prendre possession de l’espace à la place des personnes de la communauté».

«Tout le monde est concerné par les questions LGBTIQ+» – Sylvie Cachin

3. Une semaine de festival, 51 semaines de lutte
«Prendre part au festival veut dire prendre part à la lutte, qui n’a pas lieu qu’une semaine par an, explique Émilie, qui participe pour la troisième fois au festival. Venir au festival et voter ensuite pour des élus homophobes ou transphobes par exemple, est un non-sens venant de quelqu’un qui se considère allié·e. Quand les lumières se rallument, nous avons besoin que les gens soient toujours là pour nous soutenir».

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Des manifestations comme Everybody’s Perfect font parties des événements accueillants de l’année pour beaucoup des personnes LGBTIQ+. «Nous encourageons tout le monde à venir, qu’ils ou elles s’identifient ou non aux lettres LGBTIQ, conclut Sylvie Cachin. Après tout, le but est de mobiliser une communauté dans la solidarité, tout en créant de l’espace pour que chacun soit soi-même.»

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