Pas de cannabis? Eh bien, champignonnons alors!

Alors que le Parlement refuse de dépénaliser le cannabis, quantité de substances beaucoup plus actives sont disponibles en toute légalité dans la nature et sur Internet. Cherchez l’erreur…

ll y a quelques semaines, le Conseil national refusait de se prononcer sur la dépénalisation du cannabis, un produit consommé dans l’ombre et donc sans possibilité de prévention officielle par une frange conséquente de la population. Il est vrai qu’à l’époque le législatif se préoccupait davantage de son image, car la campagne pour les élections fédérales battait son plein, plutôt que de se positionner clairement par rapport à une situation totalement hypocrite.
Elle l’est d’autant plus – mais les parlementaires le savent-ils? – qu’il existe une pléiade de produits licites, issus de la nature de nos contrées, dont la puissance est supérieure à celle du cannabis. De plus, le réseau Internet héberge des sites par lesquels il est aisé de se procurer des substances naturelles hallucinogènes ou d’autres aux divers effets en toute légalité.

Un petit test pour s’en convaincre? Après avoir bien vérifié la légalité de notre démarche auprès de la police, en l’occurrence genevoise, nous avons commandé ces substances par le truchement du site polyglotte azarius.com qui se profile comme un supermarché spécialisé en ligne. Quelques précisions à cet égard: cette expérience a été réalisée hors contrôle médical et librement par deux sujets majeurs de sexe masculin en bonne santé, l’un âgé de 37 ans, l’autre de 23 ans: le rédacteur de cet article lui-même. A jeun.

La sauge des dieux
(3 gr / 7,50 francs suisses)

Cette herbe se consomme par mastication ou par infusion. Nous pratiquons donc les deux opérations en simultané. Le goût est abominable et nous éprouvons une folle envie de vomir. Malgré notre émoi nous nous accrochons à notre fauteuil et entrons dans une transe agréable qui débute peu après l’ingestion de la sauge. Le trip est très fugace et dure environ dix minutes. Nous en ressortons non sans mal: moi avec un tenace mal de crâne doublé d’indolence, mon complice, plein d’amertume. Un peu décevant, mais parfaitement légal.

L’assortiment de pétards aux herbes
(9 pièces / 21 francs suisses)

Ces joints emballés dans des cônes de plastique colorés sont fourrés à diverses herbes dont les effets sont multiples: aphrodisiaque, tripant, etc. Au bout du troisième, une grande hilarité nous étreint et nous nous retrouvons complètement stone, comme si nous avions fumé du cannabis. Sûr que les parlementaires adoreraient.

L’amanite tue-mouche
(20 gr / 52,50 francs suisses)

Ce champignon a sans doute marqué votre enfance, car les schtroumpfs habitent à l’intérieur. Chapeau rouge à pois blancs quand il pousse sur son pied terreux, ce champi est un fort hallucinogène dont nous ingurgitons 10 grammes séchés chacun. Nous les avalons tout cru en nous pinçant le nez car une forte odeur de cube Maggi se dégage de ces rabougris orangés. Envie de vomir mais nous tenons bon. L’effet est lent à venir mais détonnant! La musique de Mahler charme nos oreilles, déroule un mœlleux tapis sous les pas de nos visions multiples. Je vois par exemple une licorne dont la corne frontale pointe dans l’encoignure d’une porte.

Tout vibre. Ma bouche est pâteuse et les mots, sinon les onomatopées d’extase, se font rares. Mon voisin constate un chamboulement des couleurs de la pièce et déclare peu après qu’il est un faune immergé dans une riante nature. En même temps que le divin Mozart déverse ses flots d’arpèges nous atterrissons joyeux après 3 heures de délire. Pas de doute, sous la Coupole fédérale, le vote électronique sous amanite réserverait de joyeuses décisions…

Quel bilan tirer de ce test? Les substances testées se sont montrées en majorité à la hauteur des promesses des notices. De fait, avec des effets égaux ou plus intenses que les drogues douces prohibées. D’autre part, l’utilisateur doit être conscient qu’il n’existe aucune garantie sanitaire fournie par azarius, société basée à Amsterdam. Le colis postal, en provenance d’Allemagne, a bien été délivré dans les temps impartis et ce qui aurait pu être une supercherie de plus, s’est révélé être une prestation crédible, établie et disponible dans le monde entier (sous réserve du droit en vigueur dans chaque nation).

Pas sûr toutefois que cette situation alerte les autorités. Il faut savoir que les caisses de l’Etat, ici, prennent leur pied au passage de la douane: aux 81 francs de facture pour les seuls produits, le consommateur importateur doit en effet s’acquitter de 80,65 francs de taxes supplémentaires! Au vu de cette facture salée et sachant que le shit se monnaie sous le manteau à hauteur de 12 francs suisses le gramme dans les rues de Suisse romande, le consommateur helvétique n’est donc pas incité à se shooter légalement. Aujourd’hui, une petite balade en forêt avec son panier ou l’achat de stupéfiants auprès de dealers restent donc les méthodes les moins onéreuses. Les oreilles frileuses des édiles sifflent-elles?

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