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La potagère attitude

AFICIONADOS (4) - Vus de l’extérieur, les jardins familiaux ne paient guère de mine. Mais en déambulant de parcelle en parcelle, on découvre le plus chou des univers concentrationnaires.

Voltaire, dans son «Candide», l’avait écrit: «Il faut cultiver notre jardin.» Quant à l’Univers, il peut exploser ou imploser. Seuls comptent la couleur des tomates ou la taille des haricots, le repiquage des plantons ou le traitement des patates. Dans ces 200m2 de terre (surface moyenne d’une parcelle louée entre 200 et 300 francs par année), se joue de manière saisonnière le patient et immémorial drame de la plante qui pousse.

Pour vérifier la réalité du végétal stoïcisme qui prédomine dans les jardins familiaux, il est préférable de pénétrer dans l’enclos un soir de semaine. Car le week-end, on associe inévitablement aux travaux de la terre des réjouissances (grillades et papotage) se rapprochant d’une camping attitude. Or la potagère attitude, c’est dans le travail qu’elle réside. Et c’est justement après le travail qu’on vient travailler ce lopin de terre.

Passé 19h, le silence est d’or, comme la lumière du soir, dans ces carrés de terre des hauts de Lausanne. Personne ne parle à son basilic ou sa sarriette. On entend presque le vol du papillon passant de fleur en fleur. Alors que le soleil se prépare à disparaître, il n’y a guère que le son rafraîchissant de l’eau s’écoulant des arrosoirs pour animer ce territoire ennemi des mauvaises herbes. Seule une scie sauteuse se manifeste à intervalles réguliers.

Des oignons d’un kilo
«Le cabanon que nous avons racheté était dans un triste état. Je le retape avec mon fils», explique un menuisier. «C’est surtout ma femme qui jardine. On habite dans un grand ensemble de locatifs. Elle a besoin de ce coin de nature.»

Archimedo, lui, s’occupe seul du jardin. Sa famille ne vient que le week-end. Il bosse à la Ville et termine son job à 16h30. Avant de regagner son domicile, il vient chaque soir bichonner ses petites pousses de poivrons qui semblent si délicates à côté des vigoureux oignons. «Il y a eu la bise. C’est mauvais ça. Regardez les plans de tomates! Il y a eu de la casse. Et une plante qui perd des feuilles, c’est une plante qui perd son énergie.» Ce Castillan avait heureusement anticipé les néfastes rafales en recouvrant les pousses les plus fragiles. «On se perfectionne avec le temps. Il faut lire des livres, expérimenter, tirer des leçons. Mais chaque année a ses propres conditions météo.» Il se souvient encore avec fierté d’une fameuse année où certains de ses oignons avaient dépassé le kilogramme. «J’avais appelé le journal pour les photographier. Mais ils ne sont pas venus.»

Déambuler sur les chemins (tous ou presque baptisés de noms de végétaux) qui quadrillent ces carrés de terre équipés pour la plupart d’un cabanon de taille réglementaire (3m sur 4 maximum), c’est se confronter à un exercice perfectionniste aux imperceptibles variations. Mais une audace anime parfois cette mosaïque d’exercices standard. Un couple proche de l’âge de la retraite a ainsi entouré tout son petit domaine d’une vigne, «pour se protéger de la bise». Mais on devine aussi qu’ils ont trouvé là un subterfuge légal pour se créer une intimité.

Car le règlement est drastique, comme on peut le vérifier dans le coin des containers: une alignée de panneaux d’interdictions diverses rappelle à chacun que le bon voisinage dans les jardins familiaux passe par une impitoyable discipline collective. Neuf brouettes propres et impeccablement rangées à la verticale sont à disposition. Et sur le panneau d’information des toilettes, le président de l’association rappelle poliment que les enfants ne doivent pas venir jouer dans les sanitaires.

La cohabitation entre les locataires de parcelles est unanimement qualifiée d’excellente. «Il faut pourtant dire qu’au fil des années, il y a toujours moins de Suisses», note un Helvète en précisant que cela ne le gêne «pas vraiment, même si l’ambiance était différente à l’époque». Dans notre société de loisirs fun, le jardinage et ses contraintes n’ont plus autant d’adeptes chez les Helvètes. Au sommet des mâts, les drapeaux suisses sont concurrencés par les couleurs portugaises et espagnoles.

Les satisfactions de ce hobby exigeant se nichent à la fois dans une recherche de calme et dans le goût de produits frais. «Il n’y a pas photo entre une salade du jardin récoltée le jour même et les salades achetées», assure un des jardiniers en nous en offrant un cabas plein de feuilles croquantes. Mais on trouve aussi parmi ces maraîchers du soir certains pour qui l’aspect économique n’est pas négligeable: «Avec cette parcelle, plus besoin d’acheter un seul légume au magasin. Cela représente une économie importante pour notre petit budget.»

La nuit tombe gentiment. Tout est arrosé. On rentre à la maison et on reviendra samedi ou dimanche avec les petits-enfants, qui ont bien appris à ne pas marcher sur les plates-bandes.