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Les moules au naturel

1er août 1999

Pierre Molinier.

Les backrooms, ces lieux où s’entremêlent intimité et spectacle, s’offrent une nouvelle tendance: les cabines pour filles. Erotique? Euh, allons voir dans une boîte parisienne.

Excentré du Marais, le Dépôt, rue aux Ours, offre aux aficionados de tout poil la possibilité d’hiberner le temps d’une nuit. De 17h à l’aube, les suppléants et, depuis peu, les suppléantes, sont invités à un parcours digne de Fort-Boyard version X. Le grand barbu des lieux n’est autre qu’un Flamand, venu exporter sa frite à Paris.

Beaucoup de gays ont grandi dans les vapeurs des dioxines roses et les lueurs pâles des boîtes de nuit, il l’a compris. Le concept parc à tous risques ou sexodrome était donc évident. Avec un seul ticket, tout y est: before, after, meilleurs DJs, un bon gros gâteau avec la cerise dessus.

«Il n’y a aucun érotisme possible dans un lieu aussi sordide, mais j’aime l’idée que la même opportunité est offerte aux nanas comme aux mecs.»

On est bien ensemble le mercredi, c’est «Ladie’s night», Ô what a night… Soirée mixte où chacun a sa part du gâteau et ses quartiers privés. Pourtant, les ladie’s rooms ne sont que trois minces cabines à l’étage. Sarah, 26 ans, ne mouille pas à la vue de cet endroit mais reconnaît qu’elle aimerait bien en profiter: «Il n’y a aucun érotisme possible dans un lieu aussi sordide, mais j’aime l’idée que la même opportunité est offerte aux nanas comme aux mecs.»

Agnès, la trentaine, considère que le conditionnement social de la femme la prépare moins à ce genre de rapports furtifs, d’autant que la libido et la valeur des sentiments sont totalement différents pour elles. «C’est probablement une question de génération», lance-t-elle en accordant qu’il lui arrive parfois de regretter de ne pas oser…

Moins cher qu’une chambre d’hôtel
Sandrine, 23 ans, n’est pas homo, elle vient avec son copain pour la musique et pour l’ambiance mais trouve que c’est tout de même bien que les filles puissent s’éclater entre elles, «et puis c’est moins cher qu’une chambre d’hôtel». En effet, l’entrée ne coûte que 10 FF (aujourd’hui 1,30 euro) pour les filles mais sans conso et sans fémidom, alors pourquoi les garçons ont-ils des capotes gratos et pas les filles?

Isabelle pense que l’apparition de ce genre de soirées est une avancée de plus dans l’égalité des sexes… Quant à Véro, d’une génération qui comprend sans adhérer, l’idée que les filles puissent singer les mecs la rend folle. «Nous n’avons ni les mêmes besoins ni les mêmes pratiques. Je viens parce que les endroits où l’on peut sortir entre femmes se font rares.»

Il faut reconnaître que l’ambiance du mercredi est particulièrement sympathique du fait de ce mélange de genres. Sextoy first Lady rend grâce aux platines et contribue à attirer bon nombre de clubbers de tous bords. «La moule au naturel» arborée fièrement sur leur T’shirt, les barmaids auraient-elles pêché la vraie tendance, le naturel?

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