Edal Anton Lefterov; CC BY-SA 3.0

Tous des animaux

De plus en plus d’études constatent que les animaux recherchent le plaisir aussi dans l’accouplement, hétéro ou homosexuel, battant en brèche l’idée qu’il existerait une sexualité «naturelle» et une autre «contre nature».

C’est dans un article du 10 mars 2018 que «Le Monde» prend position, en expliquant, images à l’appui, que la nature, elle aussi, a ses préférences sexuelles, que ce soit pour le plaisir évidemment, mais pas seulement. Grâce à l’expertise du biologiste canadien, Bruce Bagemihl, sur 1500 espèces étudiées, près d’un tiers, mâle comme femelle, entretient des relations avec un partenaire de même sexe, qu’il s’agisse de satisfaire une urgence sexuelle, des caresses à la pénétration, ou un besoin simple de vivre une relation. On en retire deux éléments essentiels: d’une part, les rapports homosexuels ne sont pas humains uniquement; d’autre part, l’acte sexuel n’a pas pour seul objectif la reproduction. Mais pourquoi la société peine-t-elle encore à admettre que l’homme est aussi multiple dans son rapport au monde que son cousin lointain? Parce que oui, beaucoup utilisent encore l’argument selon lequel l’homosexualité serait contre nature. Que dit la science à ce sujet?

L’éthologue Fleur Augey pousse sa recherche un peu plus loin dans son livre «Animaux homos, histoire naturelle de l’homosexualité». C’est jusque dans les écrits antiques, qu’elle remonte pour prouver que l’homme n’a rien inventé de plus qui n’existe déjà chez son ancêtre animal. La «sexodiversité» s’exprime ainsi au sein des différentes espèces. Celles-ci sont flexibles face à l’acte, autant que face à la relation amoureuse ou parentale. Chez les oiseaux, par exemple, il n’est pas rare de trouver des ménages à 3, 4 ou 5. Les cygnes noirs eux préfèrent souvent garder les œufs entre mâles, après avoir chassé la femelle, s’assurant ainsi un plus grand succès reproducteur.

Les raisons qui poussent les animaux à choisir temporairement ou définitivement un partenaire de même sexe, elles, varient. Il est tant question de survie de l’espèce que d’un effet d’enfermement, mais tous les scientifiques sont d’accord pour parler de plaisir. Une étude sur l’accouplement des gorilles au Rwanda datant de 2016 relève que les femelles entre elles ne cherchentà atteindre qu’un seul objectif: celui de se faire du bien. Le naturaliste et zoologiste Marc Giraud, auteur de l’ouvrage «Le sex-appeal des crocodiles et autres histoires d’amours bestiales», développe cette analyse. Dans une interview accordée à «20 minutes» du 10 janvier 2017, il affirme que «la masturbation le prouve. Chez tous les mammifères, de la souris à la baleine, les femelles ont un clitoris, seul organe voué uniquement au plaisir sexuel.» Et non, ce n’est pas le primate, champion-ne en la matière, mais… le dauphin!

Pulsions
Plus rare, mais également observée, la pratique sexuelle entre différentes espèces. On aurait des preuves filmées du rapport entre un pingouin et un phoque ou une femelle macaque et une biche. Selon Marc Giraud, ces exemples ne relèvent pas de l’extraordinaire. Il explique que «les animaux ont des pulsions et répondent à des signaux d’accouplement que l’humain ne voit pas». Selon lui, le phénomène se produit surtout en captivité ou lorsqu’il y a de la frustration. Mais ces accouplements peuvent amener une descendance sous forme de nouvelles espèces hybrides chez certaines espèces d’oiseaux notamment.

Face à une nature libérée qui favorise la diversité, notre univers aux repères hétéronormés semble bien réactionnaire. La nature nous prouve que c’est la multiplication des possibles qui permet la survie de l’espèce face aux changements nombreux auxquels elle fait face: maladies, climat, évolution. Aussi, la différence permet-elle aux espèces de mieux s’adapter. C’est donc bien pour prouver que l’homosexualité n’est pas contre nature que des chercheurs, comme Fleur Augey ont choisi de prendre l’animal en exemple. «Pour nous, c’est la même chose», confie-t-elle à «L’Obs» le 22 février 2018. «On n’a pas à se culpabiliser d’être tous différents, étonnants. Parce que c’est ça la vie!»

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