Ruée gay vers la blockchain

Dernier avatar de la pink economy, plusieurs cryptodevises à vocation LGBT ont vu le jour ces dernières années. La dernière en date a été développée par l’app Hornet.

C’est manifestement le nouvel eldorado du numérique et de la finance réunis: les cryptomonnaies prolifèrent depuis quelques années. Et devinez quoi, les LGBT ne sont pas les derniers à se jeter dans la ruée vers la blockchain. Ce lundi, c’est l’app de drague gay Hornet qui a lancé sa propre levée de fonds pour une devise appelée le LGBT Token («jeton LGBT»). Son ambition, selon le fondateur de Hornet, Christof Wittig: «mettre la blockchain au service de l’égalité des droits». Après tout, certaines cryptodevises sont consacrées à la promotion des énergies vertes ou à l’économie collaborative, alors pourquoi pas les minorités sexuelles?

Basé sur l’ethereum, un concurrent du bitcoin, le LGBT Token doit servir de monnaie au sein des communautés LGBT grâce à un système d’identification et de paiement sur mobile simplifié, mais aussi «soutenir les initiatives militantes», selon Wittig cité par le site Numerama. Et son créateur de souligner le poids des gays, lesbiennes, bi et trans dans l’économie mondiale. S’ils formaient un pays, celui-ci occuperait la 4e place mondiale.

Objectifs grandioses
Utiliser la superpuissance économique (supposée) des LGBT pour lancer une cryptomonnaie, l’idée n’est pas complètement nouvelle. Mais elle n’a pas fait d’étincelles jusqu’à présent. Dès 2014, on a vu apparaître le gaycoin, qui se donne pour objectif, assez grandiose, d’«encourager l’égalité, nourrir la diversité et éliminer la haine». Sa particularité? La promesse d’une généreuse redistribution aux associations défendant les droits LGBT, si l’on en croit la plateforme Gay Money. A terme, son mystérieux fondateur (un certain «Monsieur Lawin») prévoit des boutiques physiques de la scène gay développer des moyens de paiement basés sur le gaycoin, avec pas moins de 800 millions d’utilisateurs potentiels à travers la planète.

Sur BitcoinForum, une discussion remontant à l’automne 2016 montrait des avis pour le moins partagés sur le gaycoin. Sous le pseudo GeorgeL, le promoteur de Gay Money, réagissait avec zèle: «Je vois de nombreux trolls et homophobes en train de hurler, mais dès lors qu’ils veulent de l’argent rapide, les voilà qui rappliquent. C’est tellement pathétique!» Car de fait, Gay Money se présente aussi comme une usine à argent facile: le site met en avant de curieuses bannières publicitaires illustrées d’un jeune geek à lunettes roses vantant des taux d’intérêt de 20%.

Scepticisme
Au dernier pointage, 5,6 milliards d’unités de Gay Coin (devenu Gay Money) seraient créées, pour une valeur à l’unité fluctuant entre 0 et 4 centimes. Une autre monnaie gay, le RainbowCoin, se négocie autour de 0,001 centime. Et encore. Les sceptiques soupçonnent l’essentiel de ces cryptomonnaies d’être issu d’un «pré-minage» massif (création arbitraire de crypto-monnaie), suivi d’un tant soit peu de buzz peut assurer quelques revenus à l’initiateur de l’opération. «Toutes les alarmes arnaque activées!», prévenait un utilisateur de BitcoinForum à propos de Gay Money.

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