De l’intox au goût de coming-out

Via une vidéo calibrée pour les réseaux sociaux, une agence liée aux Eglises évangéliques américaines exploite les codes de communication LGBT pour semer le trouble chez les jeunes gays.

«Love Is Love»: L’amour c’est l’amour. Ce titre bariolé d’arc-en-ciel sert d’appât à une vidéo visionnée plus de 2 millions de fois sur Facebook. Débutant sur des images de fiesta (arrosée) au soleil couchant, elle raconte apparemment un «puissant récit de coming-out», celui d’Emily, qui a le coup de foudre pour une autre jeune femme. Sauf que non, ce clip américain a un tout autre message, relève «The Guardian». Après que notre jeune héroïne visite une église, ce témoignage d’auto-acceptation tourne court: «J’ai cherché sur Google les versets sur l’homosexualité, et ils m’ont fait effrayée un max», dit-elle. Le clip se termine avec la même Emily, dans les bras d’un gentil jeune homme: «Je ne suis pas passée de gay à hétéro, confie-t-elle, mais de perdue à sauvée».

Manifestement, les milieux évangéliques américains ont bien retenu la leçon: ils tentent aujourd’hui, pour faire passer leur message antigay, de détourner les codes utilisés par des initiatives LGBT telles que It Gets Better. Producteur du clip «Love Is Love», l’agence Anchored North a choisi d’utiliser ces vidéos calibrées pour les réseaux sociaux – émotionnelles, courtes et d’apparence brute – très appréciées des millennials pendus à leur smartphone. Pour son cofondateur, Greg Suckert, «le message de changer son attraction ou ses désirs n’est pas celui des thérapies de conversion». Le seul élément prôné par cette vidéo est, selon lui, la force rédemptrice de la parole de Dieu.

On peut parier que c’est également au nom de la Bible qu’Anchored North publie d’autres vidéos aux titres évocateurs: «Les bébés avortés vont-ils au paradis?» et «J’ai pardonné à mon violeur».

Pratiques sournoises
Pour Deb Cuny, de la campagne #BornPerfect, ce type de message n’est que le dernier avatar d’un arsenal mis en place dans les milieux évangéliques américains pour «guérir» les jeunes homosexuels, au même titre que les «retraites» et les rites de «purification» ayant cours dans ces communautés. «Il y a des pratiques diverses et subtiles qui n’ont pas l’étiquette de thérapie de conversion, mais qui le sont clairement. C’est le cas de toute tentative de changer l’identité sexuelle ou de genre, même par la prière.» Deb Cuny en a elle-même fait l’expérience. «A la fin, j’avais décidé que j’allais en enfer, et je me suis sentie très déprimée. Il y avait tant de haine de soi dans ma sexualité», explique la militante LGBT, qui a grandi dans un milieu évangélique. Elle est aujourd’hui devenue pasteure au sein d’une communauté inclusive, l’Eglise épiscopalienne.

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