L’Eglise protestante ancre son ministère LGBT

A l’origine de l’Antenne LGBTI du Lab, le Genevois Adrian Stiefel a été officiellement nommé chargé de ministère. Une belle reconnaissance de son engagement et de sa vocation.

Une lumière particulière baignait le temple de Plainpalais ce dimanche 24 juin en fin d’après-midi. Celle d’un homme heureux, Adrian Stiefel, protagoniste d’une cérémonie exceptionnelle, vers qui tous les regards étaient tournés. A 41 ans, le Genevois a en effet été officiellement nommé chargé de ministère de l’Antenne LGBTI, qu’il a lui-même crée en 2015 au sein du laboratoire pour jeunes adultes en quête de sens et de spiritualité (Le Lab) de l’Eglise protestante de Genève. Une avancée primordiale vers une Église inclusive.

Un couronnement chargé d’émotions pour ce jeune homme et toute une communauté trop souvent malmenée et discriminée au sein des milieux religieux. Le chemin de foi d’Adrian Stiefel est d’ailleurs jalonné d’embûches. «J’ai vécu mon adolescence à une époque et dans un milieu religieux où l’homosexualité était encore condamnée, considérée comme une déviance sexuelle et une maladie, précise-t-il lors de son allocution. Après avoir passé près de 15 ans à déconstruire les enseignements dogmatiques reçus pour revenir à une virginité dans l’essence même de ma spiritualité, il m’a fallu remettre en question les vérités enseignées, lutter contre la culpabilité inculquée, apprendre la tolérance et le non-jugement.»

Questionner pour avancer
Maîtresse de cérémonie, la pasteure Carolina Costa, connue à Genève pour son engagement décomplexé en faveur des minorités, est à l’origine du projet Lab, cet espace d’accueil inclusif, permettant de vivre librement sa spiritualité. «Dans le chemin individuel de quête de sens et de spiritualité, il y a ce besoin de partager sa foi, de questionner pour avancer, qui est souvent retiré aux personnes LGBTI dans leur communauté religieuse.» Aujourd’hui l’Eglise protestante reconnaît des siècles de discrimination et demande pardon en affichant sa volonté d’avancer vers une Eglise inclusive en reconnaissant l’identité de genre, mais aussi les convictions religieuses propres de chacun·e.

L’Amour, maître mot de cette cérémonie, a aussi trouvé sa place dans la partie liturgique officielle. Plusieurs hauts responsables de l’Eglise protestante ont loué les qualités humaines et professionnelles d’Adrian. Un homme droit, sensible, au carrefour des cultures doté d’une énergie rassembleuse. Manager, spécialisé dans la communication, chanteur, aujourd’hui toujours très investi dans les milieux associatifs, le jeune homme compte bien poursuivre son combat de rassembler les secteurs ecclésial, institutionnel et associatif LGBTI pour une société transversale et plus tolérante. Éclairé par des bougies aux couleurs arc-en-ciel, le Temple a vibré à plusieurs chants dont un Hymne à l’amour de Jacques Brel, interprété magnifiquement par le compagnon d’Adrian, qui a tiré des larmes dans l’assemblée.

Dans la salle, des responsables du DIP pour la lutte contre l’homophobie saluent également le sacre d’Adrian, qui interviendra dans le cadre de la formation continue des enseignants genevois pour présenter les activités du Lab.

» Plus d’infos sur l’antenne LGBTI+ du Lab

Extrait de la profession de foi d’Adrian Stiefel

«Je reconnais une seule Eglise universelle. Elle existe par-delà les institutions chrétiennes et les frontières religieuses. Je crois que chaque être humain a été désiré tel qu’il est, quels que soient son héritage culturel, ses convictions ou sa confession religieuse, sa couleur de peau et son ethnicité, son orientation affective ou son identité de genre. Je crois qu’il existe de multiples manières de croire et de pratiquer, unis et ancrés dans le même enseignement de l’Amour inconditionnel.»

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