Matthis et Sylvain. Capture RTS.

«Ces salauds ne nous rendront pas peureux»

Agressés le week-end dernier à Neuchâtel, deux étudiants gay ont choisi de dénoncer à visage découvert la violence homophobe gratuite «pour faire avancer la cause».

Trois heures du matin devant l’hôtel Beaulac, dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 juin. Sylvain, 26 ans, Matthis, 22 ans, et leurs potes de la Haute Ecole de musique cherchent un lieu pour finir la nuit qu’ils ont passée à fêter leurs examens. Ils rencontrent alors un autre groupe de noctambules. La discussion s’engage, et un des amis glisse que Sylvain et Matthis sont gay. Dans l’autre groupe, deux hommes s’énervent et s’en prennent à eux. «Deux frères jumeaux ont à ce moment décidé de littéralement nous tabasser», a écrit Sylvain sur Facebook au lendemain de la soirée. «On va te faire courir sale pédé», aurait crié l’un des agresseurs.

Les coups de poing et de pied se sont mis à pleuvoir sur les deux étudiants. Résultat: perte de connaissance, dents cassés, os du crâne fendu, entorse des cervicales et diverses contusions et hématomes, notamment sur les mains des deux jeunes pianistes, comme le montrent les photos et l’attestation médicale postées sur Facebook.

La police, alertée par le personnel de l’hôtel, est arrivée quelques minutes plus tard. Elle s’est contentée d’identifier les protagonistes. Contactée par plusieurs médias, dont le quotidien local Arcinfo, elle dit ne pas être en mesure de confirmer la nature homophobe de l’agression, évoquant simplement une «bagarre».

Pas honte
Cette difficulté de faire apparaître le caractère haineux de l’attaque est précisément ce qui a motivé Sylvain et Matthis de témoigner au grand jour de ce qui est pour eux la réalité de l’homophobie en 2018. Après leur post partagé plus de 2000 fois, ils sont apparus à visage découvert dans un reportage diffusé au téléjournal de la RTS hier soir. «J’ai pas honte de mettre mon visage et celui de Mathis, je veux que ceux qui aient honte, ce soient ceux qui tabassent», explique Sylvain devant la caméra, la nuque encore enserrée dans une minerve.

Pour Pink Cross, le cas montre l’utilité des réseaux pour dénoncer les crimes homophobes. Ceci en l’absence de réelle prise en compte par la norme pénale de ce type de violence motivée par la haine de l’autre. Un projet de loi dans ce sens fait l’objet de tergiversations depuis cinq ans au Parlement helvétique. Les deux musiciens ont prévu de déposer une plainte ce jeudi. «Ces salauds ne nous ont pas traumatisés, ne nous ont pas rendus peureux et n’y arriveront jamais», résumait Sylvain dans son post sur Facebook.

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Crime de haine ou crime tout court, quelle différence? Violence=violence, pourquoi chipoter sur des mots?

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